RED MARTINEZ

La meute gouvernementale est sur la piste du célèbre cerf de la forêt syndicale, Red Martinez. Va t-il s'en sortir?

Aujourd'hui je vais vous parler d'une info presque complètement passée inaperçue, si ce n'est par Laurence Rossignol, sénatrice de l'Oise, qui en a fait un tweet, mais comme elle est elle-même inaperçue depuis 2017 je sais pas si ça compte.

Elle s'est indignée de la mort de Black, cerf majestueux de 18 cors, figure incontournable de la forêt de Compiègne, tué lors d'une chasse à courre.

En bonne citadine j'me dis quoi, y'a des gens qui ont kiffé le début de Bambi ? Y'a des chanceux qui ont réussi à grandir sans « ce matin, un lapin » de Chantal Goya ? Y'en a qui chassent le cerf sur le générique de Groland, pour de vrai ?

Eh ben oui, c'est d'ailleurs ce que dénonce l'association Abolissons la Vénerie Aujourd'hui, et franchement, allez voir, c'est la guerre dans les forêts comme « sur les réseaux » entre pro-et anti-chasse.

En gros le principe d'une chasse à courre c'est de traquer une bête tranquille sur ton cheval pendant des heures jusqu'à qu'elle s'épuise et que les chiens la dépècent.

La mort par épuisement, en mode spectacle un peu dégueu que personne n'a envie de regarder et qui pourtant se passe sous nos yeux, ça vous fait penser à rien ?

Ben moi, ça m'a inspiré une histoire qui, j’espère pour lui, ne sera pas prémonitoire, la mise à mort d'un autre célèbre cerf, celui de la forêt Syndicale, Red Martinez.

Vous voyez pas de qui je parle ?

Mais si, vous voyez.

Le Super Mario des fourrés. Il est connu à travers tout le pays pour son puissant brame qui à lui seul fait s'imprimer des centaines de milliers de tracts, se rassembler des centaines de milliers de manifestants et se griller des centaines de milliers de merguez estampillées CGT.

 Alors je sais, pour vous, qui dit forêt dit promenades endimanchées à la recherche de champignons, safari des slow touristes «  oh regarde le joli rouge gorge », ou encore enlaçage des arbres pour remercier mère nature. Mais oui je les connais vos esprits malades de bobos islamos gauchistes vegans.

Détrompez vous, la forêt syndicale c'est WILD.

Dès la première semaine de septembre il s'y joue un match qui ferait pâlir d'envie tout classico PSG-OM, et dont l'issue est presque tout aussi certaine, la chasse au gréviste.

 Edouard, le limier, est un chien expérimenté, il a la barbe parsemée de tâches blanches et le nez fin. Il sait qu'il ne pourra pas chasser tous les cerfs de la forêt en même temps. Y'en a bien un qu'il convoite depuis longtemps, un cerf fougueux, qui systématiquement contrecarre les plans des chasseurs : Red Martinez.

En plus cette fois, il a pris la confiance le Red. Il a réussi à souder tous les cerfs pour narguer la meute. Depuis plus d'un mois ils brament tous en cœur le terme « retrait » qui résonne à travers les hêtres et les chênes centenaires.

Mais cela n'effraie pas Edouard le limier, qui connait leur sabot d'Achille, la désunion.

Son but : repérer un cerf plus fatigué que les autres qui balancera Red Martinez aux griffes de la meute.

Accompagné de son Valet, le fidèle Delevoy, il se livre à de longs repérages.

Ils graissent la patte des lapins, intimident les ratons laveurs, font les yeux doux aux chevreuils et essaient de convaincre les sangliers.

Les cerfs commencent à s'agiter, ils sentent que malgré leur union, le calme de la forêt cache une présence malveillante.

Ils deviennent méfiants, chacun soupçonnant le cerf d'à côté capable de s'allier à la meute pour sa propre survie. Et puis ils y avaient pas pensé mais ça fatigue de bramer comme ça à tout bout de clairière.

Les glands de la discorde sont plantés.

 Edouard et Delevoy, forts de leur enquête, rentrent faire leur rapport à la meute gouvernementale. « Si on mise sur le pourrissement, ça devrait marcher. Certains cerfs sont déjà crevés. C'est cette année qu'on va le cueillir le Red Martinez ! ».

Sire Emmanuel, le maître d'équipage, saisit l'occasion et choisit d'approcher le plus gros cerf, connu sous le nom de Yellow Berger. Il se déplace lentement, il ne peut pas tenir la course bien longtemps.

Il l'attaque de front. En lui montrant ses dents il lui lâche : « toi et moi on sait que tu tiendras pas 100 mètres, donc je te la fais courte, t'as une seule chance de t'en sortir, et c'est pas en traversant la rue. Si tu nous balance Red Martinez, on te laisse tranquille ».

Yellow Berger, qui sait que son espérance de vie face à la meute est équivalente à celle d'un bébé tortue tentant de regagner l'océan, saute sur cette promesse inespérée mais ose lui répondre, juste pour l'honneur: « t'es sur c'est pas de la pipe ? ».

Macron nie.

Yellow Berger dont l'amour des glands dépasse la haine des chasseurs se laisse séduire, et ni une ni deux, il abandonne Red Martinez à la meute.

Et oui, même chez les cerfs, c'est du chacun pour sa gueule un peu.

 Red Martinez est rodé, il connaît la forêt syndicale par cœur. Il sait que l'union des cerfs peut s’arrêter à tous moments. D'ailleurs, il n'entend plus le brame de Yellow berger depuis quelques jours. Il n'a pas voulu se méfier. Il pensait que c'était différent cette fois ci, que les cerfs avaient compris leur interêt à se serrer les pattes. Erreur funeste.

Il sent qu'il est pisté. Il aperçoit les chiens.

Mais il n'a pas dit son dernier brame. Quitte à se faire courser autant épuiser la meute aussi.

Il ne lâche rien.

Dans sa course, il la nargue et lui lance des « capitalisation, piège à cons ! » « sauve ta retraite mange un banquier » ou encore « des allocs pour les dreadlock ».

La meute s’énerve.

Dès qu'elle peut elle croque la patte d'un sanglier, pisse sur un raton laveur ou encore donne un coup de queue dans l'oeil d'un lapin. Ils avaient qu'à pas être au mauvais endroit au mauvais moment ces cons bordel. Et puis même s'ils ont le droit d'être dans la forêt ils avaient qu'à pas se trouver sur leur chemin, c'est la loi de la nature qui règne ici. Le plus fort gagne.

Que peut un cerf esseulé contre une meute de chiens affamés ? Red Martinez se cogne les bois contre les arbres, se fait ralentir par les ronces, glisse dans la boue. Il perd confiance.

A bout de souffle, Red Martinez se rend... c'est l'hallali, (rien à voir avec le hallal, c'est pas la même boucherie). Les chiens entourent le pauvre cerf et l'aboient.

Red Martinez meurt en bramant « RETRAIT ».

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