Etrange expérience que de se sentir en communion avec des millions d'hommes et de femmes en montant une étagère. Le déclencheur a été pour moi la notice et ses petits schémas. Pas un mot, pas même une lettre, juste des dessins, qui se veulent universels.
Tout cela est si clair qu'il me faut 45 minutes (le record est apparemment de 4min21s), 1 heure si l'on inclut le nettoyage et le rangement, pour pouvoir appeler fièrement ma femme "viens voir ce que tu penses de l’étagère Ikéa". 41 millions de personnes de par le monde ont suivi la même notice au cours des 30 dernières années. Oui, Billy a eu 30 ans en 2009. 30 ans d'optimisation progressive de chaque détail pour arriver au produit parfait, à la sobriété et à la simplicité émouvantes. Derrière la pureté du résultat, se cache en fait une conception très complexe. Billy est facturé environ 3€ le kilo. Pour arriver à gagner de l'argent sur un produit industriel aussi bon marché, Ikéa doit parfaitement contrôler l'ensemble du processus.
* la fabrication bien sûr. Elle est d'une grande précision. Tout s'emboite parfaitement, au quart de millimètre près. C'est important pour que des personnes n'ayant pas l'habitude de bricoler arrivent à s'en sortir. Il y a évidemment cette cochonnerie de panneau arrière, qui joue un rôle fondamental dans la rigidité de la structure et qui est toujours long à clouer. Mais le scotch rigidifié tenant les deux feuilles de contre-plaqué ensemble facilite grandement l’assemblage.
* la distribution est simplifiée par le nombre de références. 2 ou 3 formats en 4 ou 5 coloris. Elle s’appuie sur une production locale (plusieurs fabricants sur chaque continent), car le prix de vente ne permet pas de payer du transport sur une longue distance.
* L'emballage est en fait l'élément essentiel du dispositif. Il permet de rassembler toutes les pièces dans le volume le plus restreint possible, et de participer à la minimisation des coûts de transport. Grâce à quelques éléments de polystyrène et l'agencement des éléments, il doit parfaitement protéger le bois pendant tout le parcours, en particulier lorsqu'il est transbahuté dans le coffre et dans les escaliers par le client lui-même. Forcer le client à revenir au magasin pour rapporter son étagère abimée n’est bon ni pour les marges ni pour la satisfaction du client.
La seule petite fausse note vient peut-être cependant de la notice. Elle conseille d'être à plusieurs pour arriver à un meilleur résultat. C’est à la fois généreux, plein de bon sens… et un peu déplacé quand on connaît le nombre de célibataires ayant besoin de ranger leurs livres.