L'arachide du Sénégal : conclusion d'un désastre programmé


La récolte des arachides pour la campagne 2007-2008 vient de s'achever au Sénégal, et elle a été catastrophique. Seules environ 200 000 Tonnes ont été récoltées cette année, contre plus de 600 000 Tonnes en moyenne il y a dix ans. L'arachide a été cultivée de tout temps au sénégal, et elle fait partie de l'alimentation traditionnelle de l'Afrique de l'Ouest (maffé). Sa culture s'est intensifiée avec la colonisation, pour une exportation massive vers l'Europe.

 

Aprés 1960, elle faisait partie des richesses que le FMI et la banque mondiale incitaient le Sénégal à produire pour exporter et engranger des devises. Des régions entières du pays ont été dédiées à sa culture. Le résultat est un échec complet :
* les terrres sont épuisées par des années de production intensives
* la réduction de la pluviométrie constaté ces dernières années a fait considérablement baisser la production
* les paysans sont complétement démunis. Ils s'endettent chaque saison pour acheter les semences et les intrants, en espérant faire un petit bénéfice à la fin de la saison. Aujourd'hui, ils n'arrivent même plus à nourrir correctement leur famille
* les infrastructures de transport et de stockage sont quasiment inexistantes. De ce fait, les arachides se dégradent trés vite et ne peuvent être vendues avec la qualité "arachide de bouche". Leur seule destination est l'huile. De plus, le pays a toujours été tributaire des cours mondiaux (ne pouvant stocker, il doit écouler sa production rapidement)
* des usines de fabrication d'huile ont été construites dans le pays, mais les débouchés de l'huile d'arachide ont énormément baissé au niveau mondial. On lui préfère maintenant l'huile de tournesol ou même de colza
* le pays a délaissé les cultures vivrières au profit de l'arachide. Il importe maintenant des quantités énormes de riz, environ 700 000Tonnes par an, contre 100 000 Tonnes produites environ. Et le riz produit localement était souvent plus cher que le riz importé, du fait aussi du cours du franc CFA, directement indexé sur l'Euro.
On voit donc que la situation actuelle n'est pas le fait de la fatalité... mais le résultat d'erreurs strétégiques majeures faites il y a 30 ans. Le FMI et la banque mondiale sont largement responsable de la catastrophe alimentaire actuelle. Au nom du dogme du marché et du "core competency" (chaque pays, comme une entreprise, doit se concentrer sur ce qu'elle sait faire)
Les seuls bénéficiaires de cette politique ont finalement été les pays occidentaux, qui ont profité de matières premières bon marché pendant des années, sur le dos des paysans d'Afrique et d'ailleurs.
Alors, il n'est jamais trop tard pour bien faire, et certains proposent de revenir à une agriculture vivrière "durable" :
* reconstitution des sols. C'est long, mais c'est possible. Lire Pierre Rabhi et ses expériences menées en zones sahéliennes. http://www.terre-humanisme.org/
* priorité aux cultures vivrières, et aux céréales vraiment locales, comme le mil
* formation des paysans aux techniques "durables", c'est à dire qui ne font pas appels aux engrais chimiques
Cela aurait du être fait il y a trente ans, plutôt que d'investir dans des infrastructures aujourd'hui dégradées
René Dumont, Jean Ziegler... combien étaient ils alors à précher dans le désert. Comme toujours, l'aveuglement aux technologies, le culte du productivisme, l'idéologie du grand marché mondial ont fait beaucoup de dégats. Il faut remettre les paysans au centre du "développement", et non pas les transformer en esclave de la mondialisation.

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