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Le Club de Mediapart dim. 29 mai 2016 29/5/2016 Dernière édition

"Le Crépuscule de Prométhée" de Francois Flahault

Je ne savais pas comment débuter ce billet, et me voilà aidé par un article du Figaro : Sarkozy soutient "L'Auto-Entreprise". Auto-entreprise, voici une illusion démontée par Francois Flahaut non seulement par ce dernier ouvrage "Le Crépuscule de Prométhée", mais également par le précédent "Be yourself". * Le mot "entreprise", tout comme celui de "développement" est plombé par notre vision occidentale de l'Homme et de la Société.Nous sommes devenus tellement "Prométhéens" que nous prenons n'arrivons pas à prendre le recul nécessaire pour comprendre le píège dans lequel nous sommes enfermés. Nous sommes persuadés que nous pouvons construire, développer quelque chose, batir, croitre, etre plus grand, plus riche demain qu'aujourd'hui. Nous n'arrivons à nous projeter que dans un futur ou nous aurons plus. La croissance infinie dans un monde fini. Les nouvelles frontières. L'entropie négative (mettre de l'ordre dans le désordre. Les ressources infinies.* Le mot "Auto" est un piège encore plus grand. Nous ne faisons jamais rien tout seul. Jamais. Rien. Nous sommes ce que les autres nous ont transmis. En premier lieu nos parents. Nous sommes les autres. L'ouvrage "Le crépuscule de Prométhée" est découpé en 4 parties indépendantes, qui peuvent etre lues dans n'importe quel ordre.1/ La première, la plus ardue, est consacrée à la "Généalogie de l'Idéal Prométhéen" dans nos sociétés. N'ayant aucune connaissance en philosophie, je ne vais pas essayer de résumer ou d'etre exact, juste de restituer ce que j'ai compris: Francois Flahault montre que l'Idéal Prométhéen est très ancré dans notre société occidentale, en premier lieu dans nos religions, mais également dans notre philosophie. Nous pouvons nous rapprocher de Dieu. Chaque individu oeuvre pour son salut et peut parler directement à Dieu grace à la prière. Dieu nous a fait à son image. Descartes et le "Je pense", je peux penser par moi meme, j'existe en tant qu'individu. L'individu précède la société. Locke. Nietzsche et le sur-homme. Le héros romantique, incompris, qui a raison contre tout le monde. L'homme qui crée son destin, Le Self-made man. L'homme providentiel. Nicolas Hayek : la main invisible du marché. Les hommes en tant qu'individus rationnels et indépendants, forcés de collaborer. L'économie crée la société. 2/ L'imaginaire Prométhéen chez Jules Vernes. L'individu génial qui fuit la société, maitrise des formes inconnues d'énergie, crée des machines qui lui permettent d'exprimer sa toute puissance et de vaincre par lui meme, sans l'aide de personne. 3/ Ayn Rand, russe ayant fui la russie communiste s’est réfugiée aux USA et a contribué aux fondations idéologiques de l’Ultra-libéralisme. Elle a développé là encore le mythe de l’individu génial mais incompris, se battant contre tous pour son protéger son œuvre. Les masses sont vues comme des parasites, qui dépendent entièrement de quelques individus courageux, géniaux, pour leur survie. Seuls quelques uns font tourner la société. Plusieurs livres de Ayn Rand sont devenus des références pour les ultra-libéraux : « The Fountainhead » en particulier, publié en 1943, porté à l’écran en 1949, film dans lequel Gary Cooper interprète l’architecte génial qui préfère détruire son œuvre plutôt que de la voir détournée par des constructeurs incapables et corrompus.

Un extrait de cette partie avait été publiée dans le Monde Diplomatique de août 2008 :

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/FLAHAUT/16182

4/ Enfin, dans une 4ème partie, Francois Flahault développe les concepts de « Bien commun vécu » et de « écologie sociale ». Une des illustrations les plus spectaculaires de ce concept de « bien commun vécu » est tout simplement la « conversation », qui « procure à chacun le sentiment d’exister dans un espace commun ». Le langage, qui permet cette conversation, est un bien commun qui devrait nous convaincre d’abandonner l’idéal Prométhéen, devrait nous ramener tous les jours à beaucoup d'humilité et de reconnaissance pour autrui. Le langage n’a pas de valeur économique apparente, les mots prononcés (pourtant indispensables à tout échange économique) n’augmentent pas en eux-mêmes le PIB ! Le langage n’a pas été inventé par un être génial. Il nous provient de nos parents, de nos lectures, de nos professeurs, des autres. Chacun en jouit, chacun peut contribuer à le développer. Sans langage, pas de pensée. Notre pensée repose donc entièrement sur un socle, un outil qui nous a été transmis par la société dans laquelle nous vivons et qui s'est développé aux cours des derniers siècles. Le langage constitue notre richesse commune.

 

 

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Tous les commentaires
Merci Serge pour votre réponse! J'avais cité dans un précédent billet cet extrait d'un livre de JC Guillebaud au sujet du nazisme: La volonté monstrueuse exaltée par le nazisme se prétend affranchie, cette fois, des fatalités et déterminismes de l'Histoire. Elle veut brandir au milieu du monde la libre disposition du temps, de l'espace, des hommes et du destin. Elle est l'action promethéenne à l'état pur, l'activisme divinisé, capable de remodeler le monde à sa guise et d'engloutir, s'il le faut, un peuple entier dans le brouillard du crime. Ivre d'elle-même et sûre de sa puissance, elle se croit en mesure de tout choisir, y compris de récuser l'Histoire et d'en arrêter l'écoulement.

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