Comment Angela va nous planter

J'ai la conviction que le triomphe d'Angela Merkel aux élections de dimanche dernier est l'augure d'un énorme plantage. Plantage pour l'Allemagne et plantage pour l'Europe.

1/ Pas plus qu'elle n'est à l'origine des succès économiques récents de son pays, Madame Merkel ne pourra empêcher le ralentissement de l'économie allemande. En 8 ans, elle n'a globalement rien fait, à part "gérer la crise" de 2008 dans le sens des retraités et futurs retraités allemands. Ayant été ré-élue pour sa prudence et ses ambiguités, il y a peu de chance qu'elle se révèle soudains courageuse et généreuse. Les grandes banques européennes, contrairement aux américaines n'ont pas fait le nettoyage nécessaire de leur bilan. Il s'agissait comme d'habitude de privilégier les intérêts des épargnants face à ceux des salariés. Mais cette lâcheté va devoir être payé un jour, et par tous, et ce jour pourrait être assez proche.

2/ Les raisons du succès du "modèle" allemand sont de toute facon très mal comprises, comme nous l'explique Guillaume Duval, Rédacteur de en Chef d'Alternatives èconomiques. Et, avec le ralentissement des croissance Chinoise (et la probable bulle financière de ce pays) et Brésilienne les exportations allemandes vont fatalement souffrir.

3/ L'Allemagne, dans la défense de ses intérêts à court terme, a affaibli l'Europe. Le désastre économique actuel a totalement décrédibilisé les promesses passées de prospérité. Madame Merkel, qui ne comprend pas et n'aime pas l'Europe du Sud, l'a mené à la pauvreté avec un cynisme écœurant, demandant à la Grèce de faire de économies tout en continuant à lui vendre des Panzers. L'Europe de l'Est, ayant contribué au "Made in Germany" à bas prix, n'en a pas tiré grand chose. La Hongrie, où se trouve la plus grosses usine mondiale de moteur du groupe Volkswagen, a vu sa monnaie, le Forint, se dévaluer considérablement en 10 ans (240 Forint pour 1 Euro en 2003, 300 Forint aujourd'hui).

4/ Madame Merkel a réussi à faire le vide autour d'elle, tant dans son parti que chez ses alliés... et même chez ses opposants. C'est la déroute au FDP (parti libéral qui sera pour la première fois depuis l'après guerre absent du Bundestag) comme chez les verts. Angela merkel, en empiétant sur les thèmes de campagne de ses opposants, a brouillé les pistes et réduit le débat électoral à de la bouillie pour Katze. Tous les chefs de campagne des 3 grands partis en dehors du CDU/CSU en ont fait les frais. Les négociations pour bâtir un coalition pouvant gouverner vont se faire avec les seconds couteaux d'hier. Evidemment, Merkel n'est pas seule responsable de la médiocrité de la classe politique allemande et européenne.. mais le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle a plutôt coulé les talents plutôt que de les faire émerger. 

5/ D'après les éditorialistes, il semblerait que la fameuse coalition nécessaire pour gouverner soit constituée du CDU/CSU, parti vainqueur de Merkel... allié à son plus direct opposant, le SPD. C'est pour moi à la fois une erreur et une tragédie. Ce genre d'alliance ne fait que brouiller les pistes et renforcer les extrèmes. Le fameux UMPS à la sauce allemande, laissant penser que les grands partis servent la même soupe, celle de l'Europe économique, de l'Euro, de la pensée unique, du "grand capital", des élites. Peut-on imaginer une démocratie comme l'Allemagne ne disposant plus de parti d'opposition? Et quel sera le recours en cas de plantage?

6/ Et les mauvaises nouvelles commencent à arriver, une semaine après les élections (syndrome Peugeot de 2012 sans doute). Siemens annonce la suppression de 15000 postes, dont 5000 en Allemagne. Chez Evonik et Lanxess (chimie) ce sont 1000 postes dont on parle. Bayer, Bilfinger, Loewe, Salzgitter, tous découvrent quelques jours après les élections qui va leur falloir faire des économies. Il y a 2 mois encore on parlait de manque de main d'oeuvre qualifiée en Allemagne.

Je suis aujourd'hui très pessimiste.

 

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