Communication politique et sécurité : « Un petit clic vaut mieux qu’un grand choc »

Ce titre a été le slogan évocateur d’une campagne de la Sécurité Routière dans les années 70. Il entendait signifier qu’un simple geste de bon sens (boucler sa ceinture) peut éviter une grosse catastrophe (un accident mortel).

Ce titre a été le slogan évocateur d’une campagne de la Sécurité Routière dans les années 70. Il entendait signifier qu’un simple geste de bon sens (boucler sa ceinture) peut éviter une grosse catastrophe (un accident mortel). A la suite des saccages perpétrés par des gens du voyage à Saint-Aignan et les agressions commises par des voyous contre des policiers à Grenoble, la communication du gouvernement et de sa majorité aurait été récemment bien inspirée d’en reprendre la substantifique moelle et se livrer à une réaction à froid.

Pourtant, face à ces inadmissibles exactions, la ligne empruntée a au contraire privilégié l’argumentation lourde tous azimuts en surfant allègrement sur les angoisses que l’insécurité génère dans l’opinion publique. Or, à agiter les chiffons de la peur (avec boucs émissaires inclus et chambre d’écho médiatique assuré), cette posture communicante recèle plus de dangers latents que de solutions pérennes sur le long terme. Au final, c’est l’ensemble de la politique sécuritaire qui n’est pas près de progresser tellement les clivages se radicalisent de part et d’autre.

La ficelle de la grosse matraque n’est pas en soi totalement nouvelle. Nicolas Sarkozy s’en est même fait une spécialité régulièrement dégainée lorsqu’il fut ministre de l’Intérieur. A coups de rodomontades et de formules lapidaires telles que celle du célébrissime Kärcher, il s’est forgé une image monolithique d’homme à poigne à l’égard de la criminalité. Un justicier inflexible et impitoyable capable dans l’heure de pondre de nouveaux textes répressifs, d’expédier des convois massifs de CRS et des préfets « tape-dur » ou encore de déployer des réseaux de caméras de vidéosurveillance tout en morigénant ceux qui ont failli à leur mission. Combien de magistrats et de policiers ont ainsi subi les foudres comminatoires du « premier flic de France » sans parler des préfets révoqués illico sous l’œil parfois un peu trop complaisant des médias.

Or, à vouloir à tout prix répondre à l’exigence effrénée de sécurité totale de la société, les pouvoirs politiques entretiennent une surenchère sécuritaire dont les dernières semaines de juillet et d’août ont été une fois encore l’apanage inquiétant. L’astuce peut certes rapporter gros électoralement parlant pour le politique qui s’y aventure avec virulence. Pour autant, elle ne contribue pas à rasséréner les esprits sur un sujet qui mériterait vraiment autre chose que des arguties populistes et binaires d’un côté et des indignations angéliques et laxistes de l’autre.

Un mouvement perpétuel bien rôdé

A chaque éruption de violence, c’est toujours la même mécanique communicante qui se met invariablement en place. Avec leur caractère heuristique évident, les incidents graves de Saint-Aignan et de Grenoble en juillet 2010 n’ont pas dérogé à la règle. D’un côté, des gens du voyage partent en représailles contre des forces de l’ordre en dévastant une malheureuse boulangerie, en tronçonnant les arbres de la paisible bourgade et en dégradant la gendarmerie locale. De l’autre côté, des caïds de cités mènent de véritables combats de rue en incendiant tout ce qui passe à portée d’allumette et de briquet tout en harcelant violemment et avec l’intention de tuer les effectifs policiers venus à la rescousse.

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