Rebsamen, ministre de la lutte contre les chômeurs

C'était le jour de la rentrée des classes. Combien de jeunes écolières et écoliers ont laissé un blanc à la ligne “ profession des parents ”, ou bien écrit “ sans travail ”, “ ne travaille pas ” ou “ chômeur ”. Pour l'un ou l'autre parent ? Pour les deux ? C'était la rentrée des classes mais aussi la journée choisie par le ministre du travail, François Rebsamen, pour laisser planer un doute.

C'était le jour de la rentrée des classes. Combien de jeunes écolières et écoliers ont laissé un blanc à la ligne “ profession des parents ”, ou bien écrit “ sans travail ”, “ ne travaille pas ” ou “ chômeur ”. Pour l'un ou l'autre parent ? Pour les deux ? C'était la rentrée des classes mais aussi la journée choisie par le ministre du travail, François Rebsamen, pour laisser planer un doute. Plus qu'un doute à vrai dire, il y avait dans ses propos l'envie d'en découdre. Chômeurs ? Regardons-y de plus près... il peut aussi être question de fraudeurs, de tricheurs. « Il s'agit de vérifier et de renforcer les contrôles », bref, de lutter contre les chômeurs plutôt que contre le chômage. Misérable.

Il n'en fallait pas moins, comme nous l'avons déjà vécu par le passé sur ce même sujet, pour occuper l'espace médiatique avec ces fameux “ emplois non pourvus ” et les commentaires des “ experts ”, des “ spécialistes ” – ah, le beau texte de Jean-Roger Caussimon chanté par Ferré. Toujours les mêmes malgré l'échec total des orientations qu'ils défendent, avec toujours aussi peu de paroles de chômeurs, ces invisibles car ce qu'ils ont à nous dire porte une subversion insupportable pour le pouvoir et le patronat : le retour au réel et au désastre économique, social et humain à l'œuvre, avec 1 000 chômeurs de plus par jour inscrits à Pôle Emploi.

Il faut bien évidemment riposter sur le terrain politique et idéologique. Elu sur l'idée du changement, Hollande, son gouvernement et la direction du PS poursuivent et aggravent les politiques régressives des dernières années. Sarkozy a-t-il besoin de revenir ? Depuis son départ, notre pays n'est ni redressé, ni apaisé. Les logiques régressives et réactionnaires des dernières années gagnent semaine après semaine du terrain. C'est vrai sur le plan intérieur mais aussi concernant le rôle de la France en Europe et dans le monde. La France fait la guerre à ses valeurs et ses principes universels, Rebsamen à ses chômeurs. Sale période.

Comment y répondre sur le front de l'emploi ?

Il nous faut d'abord parler du chômage de masse avec 3 424 400 inscrits en catégorie A en juillet, 5 747 300 en métropole toutes catégories confondues. Plus de 6 millions avec les Dom-Tom. Le chômage de longue durée a augmenté de 14,9% sur un an, celui de très longue durée (plus de 3 ans) de 17,8%. Depuis l'élection de Francois Hollande, on enregistre 500 000 personnes supplémentaires inscrites à Pôle emploi. Le chef de l'Etat ne parle plus de l'inversion de la courbe. L'échec est d'une telle ampleur que la première décision de François Rebsamen après sa nomination, en avril dernier, fut de ne plus commenter, chaque mois, les chiffres du chômage !!!

Mardi 2 septembre, il a envoyé un message qui était jusqu'alors le domaine réservé de la droite et du patronat. Jamais un ministre du travail “ de gauche ” ne s'y était aventuré et risqué. Ainsi donc, le problème n'est pas tant le chômage mais les chômeurs. Les victimes deviennent suspectes et responsables.

Les chômeurs sont-ils des fraudeurs ?

Les contrôles existent et dans les régions expérimentales où ce dispositif a été renforcé, on retrouve les mêmes résultats, à savoir une fraude à l'indemnisation, qui doit être sanctionnée, extrêmement faible (39 millions d'euros) par rapport au montant total des prestations d'indemnisation versés, 33 milliards d'euros en 2012, soit 0,11%. Je veux ici insister sur un point. Si Pôle emploi a besoin de moyens supplémentaires, c'est d'abord pour assurer le cœur de métier et une mission de service public qui consiste à accueillir, à inscrire, à indemniser, à accompagner les chômeurs, à réussir le retour à l'emploi dans de bonnes conditions avec une croissance nulle, une économie qui dévisse et des aides publiques aux entreprises qui ne se traduisent pas par des offres d'emploi et de formation. Les dividendes versés aux actionnaires viennent, eux, de connaître des records historiques.

Le gouvernement, en cette rentrée sur le thème de l'ordre derrière les coups de menton de Valls, veut attraper les tricheurs, les malhonnêtes et les brigands de grands chemins ? Qu'à cela ne tienne ! L'évasion fiscale atteint 80 milliards. Ce chiffre, révélé dans un rapport parlementaire présenté par le le sénateur communiste Eric Bocquet, n'a pas été contesté. On peut aussi parler de l'optimisation fiscale... Combien d'emplois créés si on mettait la main sur ce pactole ? Rebsamen s'attaque aux plus fragiles alors qu'il devrait les défendre. Il participe à une opération d'envergure (35 h, seuils sociaux, travail le dimanche, dynamitage de la loi Duflot sur l'encadrement des loyers) lancée avec Valls 2 et à laquelle les femmes et les hommes de gauche doivent répondre, sans attendre, en se rassemblant et en agissant.

Les chômeurs coûtent-ils cher ?

Après le coût du travail, voici celui des privés d'emplois. En France métropolitaine, en juillet 2014, 2 732 500 demandeurs d’emploi inscrits en catégories A, B, C, D, E sont indemnisés (hors allocations de formation). Cela représente 47,8 % du nombre de chômeurs recensés, soit moins d'un sur deux.

En outre, 39,3 % des chômeurs sont indemnisés par des dispositifs d'assurance chômage financés par les salariés et les employeurs (ARE). Seulement 8,5 % sont indemnisés sur des dispositifs de solidarité financés par l’État. Une étude de la Dares de mai 2014 montre que le montant mensuel moyen brut d'allocation des chômeurs en septembre 2012 était de 1 099 euros. Celui des chômeurs ayant une activité réduite était de 719 euros.

Ces chômeurs indemnisés sont-ils des fainéants ?

Cette même étude montre qu'à la mi-2012, 40 % des chômeurs indemnisables exerçaient une activité réduite. Et parmi les chômeurs indemnisables, 23 % d'entre eux ne percevaient aucune allocation parce qu'ils occupaient une activité professionnelle.

En outre, avec 208 335 offres d'emplois déposés à Pôle Emploi en juillet 2014 et 5 747 300 chômeurs inscrits à Pôle emploi recensés à la même date, la reprise d'emploi est pour le moins difficile. Qu'en pense Monsieur Rebsamen ?

La crise est telle qu'à peine 18,6 % des sorties des listes de Pôle Emploi résultent d'un retour à l'emploi en juillet 2014. Moins de 1 sortie sur 5. En juillet, 33 603 ruptures de contrats par consentement mutuel ont été enregistrées, sur 36 204 demandes constatées par l'administration (Dares). Les ruptures conventionnelles avaient déjà battu un record en juin, avec 32 481 demandes relevées.

Et les “ 350 000 emplois non pourvus ” ?

Hier, en regardant la télévision ou en écoutant la radio, vous avez obligatoirement été “ informé ” –  en fait il s'agit d'une légende régulièrement resservie – de ces 350 000 emplois non pourvus présentés comme la preuve incontestable d'un manque d'empressement des chômeurs à retrouver un emploi. Je suis à chaque fois sidéré par cette technique qui vise à saturer l'espace médiatique d'une donnée, non vérifiée, présentée comme une vérité incontestable, établie. Celui qui va alors simplement lever le doigt pour questionner cette affirmation, la confronter aux réalités, est aussitôt cloué au pilori.

Ce chiffre des emplois non pourvus est une fable. En juin, le journal La Tribune, qui n'est pas, on en conviendra, à l'avant-garde de la prochaine révolution prolétarienne, a consacré une étude très fouillée sur le sujet. De quels emplois est-il question ? De temps plein ? De CDD, de contrat d'intérim ? Pour quels besoins ? De 3 heures d'aide ménagère ? De saisonnier ? D'un contrat galère dans un centre de téléprospecteurs, ces Germinal des temps modernes ?

Le ministre du travail devrait vraiment se rapprocher des services... de son ministère. A-t-il connaissance de ce qu'est une “ offre raisonnable d'emploi ” ? L'ORE, en langage administratif, permet, après une inscription à Pôle emploi, d'être mis en contact avec des employeurs qui présentent une offre correspondant au profil, aux compétences, à l'expérience, à la formation du demandeur d'emploi.

Je ne sais pas d'ailleurs si Monsieur Rebsamen, François, pouvait être raisonnablement retenu pour l'offre d'emploi proposée en avril dernier : « Après débâcle aux municipales, la France cherche un ministre du travail de gauche, avec des convictions et des valeurs ». Attention, il faut bien lire l'annonce jusqu'à la fin...

Pendant ce temps, les entreprises encaissent les chèques du CICE. Gattaz vit un rêve éveillé puisque il peut faire du cash sans le moindre contrôle. Les dizaines de milliards d'euros de crédit d'impôt compétitivité ( CICE) sont versés sans la moindre contre-partie, sans obligation en terme de création d'emploi et d'investissement. Voilà où sont les tricheurs et les voleurs. Et, pour reprendre la formule de Rebsamen, les citoyens et les salariés doivent “ renforcer les contrôles ” pour vérifier l'utilisation des 220 milliards d'aides publiques aux entreprises. Nous exigeons, toujours en copiant le ministre du travail, “ un état d'esprit différent, des convocations, des vérifications sinon ”... les entreprises devront  reverser ces aides qui auront une autre destination que la satisfaction des actionnaires et des marchés financiers.

Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF.

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