Pièces de réemploi : un décret qui pourrait relancer la filière VHU

Un nouveau décret lié aux pièces détachées des VHU voit le jour. Ce dernier devrait donner un coup de pouce à la filière, qui reste néanmoins traumatisée par une crise sans précédent de la ferraille.

Depuis quelques mois, la filière VHU est fragilisée par une crise des matières premières qui touchent principalement les métaux ferreux, et principalement l’acier, qui constituent les 3/4 de la masse d’un VHU. Rachetés en 2013 par les broyeurs entre 110 et 170 euros la tonne, ils se sont vendus 40 euros la tonne en 2015 !

Mais la baisse des cours pourrait bientôt être inversée par la mise en place d’un décret obligeant les garagistes à vendre en priorité des pièces de réemploi.

Le réemploi de VHU, la solution pour mettre de l’huile dans le moteur

Le décret en question publié aujourd’hui a pour objectif de favoriser l'utilisation de pièces de réemploi pour les nouveaux véhicules. C’est toute la filière du recyclage qui devrait ainsi en bénéficier. Objectif : ne plus dépendre des fluctuations des cours des matières recyclables.

Mais que dit le texte exactement ? Selon un article du magazine Challenges, il prévoit d'obliger les garagistes, lors des réparations automobiles, à proposer, à côté des réparations "à neuf", des devis avec des pièces d'occasion (principalement des pièces de carrosserie). Si le réparateur ne s’y plie pas, il risque une sanction. Une aubaine pour les consommateurs puisqu’elle permettrait de réduire la facture en matière d’entretien et de renouvellement de pièce. La pièce de réemploi, moins chère que la pièce neuve, peut donc séduire certains consommateurs. Selon une étude du Groupement interprofessionnel de l'automobile de 2014, en moyenne, si 35 % des conducteurs sont intéressés par des pièces de réemploi, ce taux passe à 45 % pour la clientèle atelier du mécanicien réparateur automobile. Cette même étude montre que la clientèle des centres VHU est plus jeune, a un revenu plus faible et possède un véhicule âgé avec le plus fort kilométrage.

Avec la tarification la moins chère sur le marché, les centres VHU sont ainsi en capacité de concurrencer l’ensemble des acteurs des services automobiles, Internet compris. Tout cela est possible si la traçabilité des pièces et, donc leur qualité, est garantie. Car chaque pièce est unique. En effet, outre la couleur, les pièces d'une même série d'un même modèle peuvent varier selon l'année de construction du véhicule. Pour s'assurer de la compatibilité des pièces, il faut donc mettre en œuvre un suivi rigoureux en s'appuyant, par exemple, sur les fichiers de première immatriculation qui peuvent être recoupés avec les bases de données des constructeurs.

Un décret qui bénéficiera à l’ensemble de la filière

La filière VHU repose actuellement sur deux acteurs de poids : les centres VHU et les broyeurs. Les premiers sont en charge de la dépollution du million et demi de véhicules qui deviennent chaque année en France hors d’usage. Ces VHU sont des déchets dangereux à traiter car ils contiennent des éléments extrêmement polluants comme les huiles, le filtre à huile, les liquides de frein et de refroidissement, la batterie au plomb, les fluides de climatisation, les pneus, les pare-chocs… Les seconds, véritables Rolls Royce du recyclage, sont en charge de transformer la carcasse après traitement en matières ferreuses et non ferreuses.

Avec un taux moyen de recyclage de 91%, la France reste pourtant en dessous des objectifs européens de recyclage et ce malgré de belles réussites individuelles (citons par exemple le recycleur Guy Dauphin environnement qui annonçait avoir atteint 96,1% de valorisation – un record !).

Le décret sur les pièces de réemploi arrive à point nommé. En effet, si le consommateur fait des économies non négligeables, les centres VHU vont pouvoir également tirer leur épingle du jeu en écoulant leurs stocks de pièces détachées. Parallèlement, le niveau souvent inégal des opérations de dépollution/traitement des centres VHU devrait être tiré vers le haut car la rentabilité des pièces devrait amener à un meilleur traitement des véhicules.

Les broyeurs, eux aussi, profiteront certainement des nouvelles règles du réemploi. Souvent situés à la toute fin de la chaîne du recyclage, ils se retrouvent souvent à payer les pots cassés du mauvais traitement de certains centres VHU. Résultat, des déchets comme les pneumatiques se retrouvent en fin de chaîne du recyclage alors que c'est interdit ! Un meilleur traitement en amont signifie pour les broyeurs moins de traitement et donc moins de coût.

L'industrie du recyclage des vieilles voitures a donc un bel avenir si tout le monde joue le jeu. C’est dans l’intérêt des consommateurs, mais aussi celui de l’environnement grâce au principe d’économie circulaire.


 

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