A propos des derniers échos de Bure.

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/dechets-nucleaires-a-bure-l-autorite-environnementale-met-des-conditions-20210118 ------------------------------------------ Les « experts » sont partagés ? On peut même dire que ça chicore entre « spécialistes » ! Comme à chaque fois que se présente une question grave et notre temps n’en manque pas.

Or les « décideurs » politiques ont tendance à rester sourds aux discours scientifiques qui les contrarient et à opter de préférence pour ceux qui les confortent dans leurs penchants. Ça s’appelle la « caution scientifique ». Ça leur permet de n’être pas complètement responsables de décisions qu’ils auraient prises de toutes façons.

Nous connaissons de grands esprits tout imprégnés de savoirs si considérables que nul ne songe à en contester la réalité. Ils sont très savants, bien plus que nous, c’est certain. Ils savent les forces, les flux, les intensités du monde et ses dimensions. Le comment du pourquoi des causes et des aboutissements. Ils en donnent les preuves irréfutables et je ne plaisante pas : nul ne peut en douter. Ici, ils ont raison : il nous faut de l’énergie.

Quand on a posé ça, c’est bien beau, mais laquelle ? Et de quels « inconvénients » faut-il la payer ?

Si, quand on demande : « que fait-on des déchets nucléaires mortels pour cent-mille ans ? » ils répondent : « on fait des trous, on les enterre et on les oublie » méfions nous ! Si tu veux, on attrape un méchant crocodile énorme, on l’attache avec une grosse grosse grosse ficelle et puis on lui tourne le dos et on s’en va en sifflotant... Euh, je trouverais moins con quand même de garder un œil sur la bête, au cas où on aurait pas assez serré les nœuds... Parce qu’une fois enterré par cinq cent mètres de fond, plus personne jamais ne pourra visiter le tas d’ordures.

On n’a pas encore inventé la météo de la croûte terrestre et personne ne peut dire le temps qu’il fera là-dessous dans cent-mille ans. La planète terre, ça n’est pas une chose morte : ça bouge. Et ça bouge quand ça veut, dans le sens que ça veut, avec la violence que ça veut et sans nous demander notre avis « scientifique ». Tout ce qu’on peut faire, c’est regarder, et éventuellement prendre la fuite si ça se gâte.

Jusqu’où savent-ils, ceux qui choisissent à notre place ? A partir de quand ne savent-ils plus et au nom de quelle quantité d’ignorance imposent-ils leurs choix ? A quel moment leur rigueur mathématique s’évanouit-elle dans le brouillard ? A quel stade du raisonnement, tout ce qu’ils ont pu raconter de parfaitement rationnel à propos de ce qu’ils savent devient-il totalement loufoque dès qu’ils ne savent plus ? C’est là qu’il faut effacer des trucs sur le tableau noir. Les trucs pas sûrs, on les vire ! On recommence le calcul. Et on va forcément trouver autre chose. Quelque chose de moins incertain.

Laissez-moi vous rappeler l’histoire du volcanologue rattrapé et instantanément dévoré par la nuée ardente, faute d’avoir pu évaluer assez précisément sa prise de risque. Il s’était mis à cinq kilomètres pour observer. Ça va, quoi !... Sauf que le volcan a tout anéanti sur quinze kilomètres...

La science a ses limites qu’elle repousse en cherchant. En deçà des limites, elle sait. Au delà, elle ne sait pas encore.

Alors pourquoi devrions nous accepter de nous mettre aveuglément sous la domination d’aventuriers « savants » qui, à partir d’un certain point, ne savent plus rien mais foncent quand même, alors que personne ne peut deviner ce qui se passera à cinq cents mètres de fond dans les cent-mille ans ? Surtout s’il se trouve d’autres savants non moins savants qui s’alarment et nous engagent à la prudence ? Si l’on s’avance dans un couloir éclairé jusqu’au point où les ampoules sont toutes claquées, faut-il continuer à courir dans le noir ? Tout ce qu’ils ont à offrir avec tant de légèreté à nos interrogations, ce sont de bonnes raisons raisonnables de penser que probablement sans doute il y a peu de chances... qu’il y ait des fuites. Et que de toutes façons, on n’a pas le choix, prétendent-ils.

Or ils ne savent pas !

Qu’est-ce qui leur permet d’affirmer qu’ils ne seront pas, dans quelques dizaines de siècles, les auteurs posthumes des hécatombes les plus complètes ? Ne craignent-ils pas, sait-on jamais, qu’un jour des fléaux épouvantables portent leurs noms d’inventeurs, comme il en est de la « Poubelle », mais plutôt comme un équivalent du Déluge... On peut rêver mieux comme héritage.

Où est le bien, où est le mal ? A vrai dire, ils n’en savent rien non plus ! Mais ils misent quand même. Ils prennent des paris sur la vie, comme on jouerait Pégase placé dans la cinquième.

Ils ne veulent plus voir leurs déchets nucléaires ? Eh bien, qu’ils aillent s’asseoir eux-mêmes dessus ! Comme ça, on ne les verra plus, leurs déchets. Il faut savoir parfois payer de sa personne, lorsqu’on veut imposer à tous les autres ses propres lubies. Nous, on s’est déjà assis sur beaucoup trop de choses. C’est leur tour. Ils veulent le faire ? Qu’ils s’enferment avec ! Qu’ils s’installent un petit logement à l’intérieur, au fond du trou. Ils pourront surveiller... Ou alors qu’ils redeviennent prudents comme quand ils étaient petits et irresponsables. Parce que moi, je leur interdis de jouer à la roulette avec les petits enfants de mes petits enfants qu’ils font entrer dans leurs calculs comme des variables d’incertitude !

Pense au Titanic, si t'es tellement sûr de toi !

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