Un climat favorable a rendu possible la sortie d’Homo Sapiens d’Afrique

Une étude, parue en 2016 dans Nature, revue scientifique de référence, tente de résoudre la question posée par des scientifiques de nombreuses disciplines depuis des années : à quel moment Homo Sapiens a-t-il quitté l’Afrique ?

Plusieurs théories existent quant à la date de la sortie de l’homme “moderne” d’Afrique. Certaines avançant l’idée d’une sortie unique il y a 80 000 ans, d’autres préférant l’hypothèse de plusieurs sorties successives. Cette nouvelle analyse permet d’envisager une communication facilitée entre l’Eurasie et l’Afrique, lors de périodes de plusieurs milliers d’années.

Ce qui rend cette étude si particulière, c’est la méthode utilisée. Jusqu’à présent, les modèles étaient davantage fondés sur l’étude des fossiles disponibles selon les régions, ainsi que sur l’étude des génomes de ces fossiles. Cette fois-ci, la climatologie, au travers des travaux d’Axel Timmermann et de Tobias Friedrich, ajoute une nouvelle dimension aux études de migration d’Homo Sapiens.

À partir des données déjà rendues disponibles par d’autres recherches, les deux climatologues de l’Université de Hawaii (Etats-Unis) ont utilisé leur modèle climatique, appelé LOVECLIM, pour tenter de déterminer la date approximative de sortie de nos ancêtres du continent africain. Plusieurs éléments ont été intégrés à leurs calculs afin de dresser un portrait précis du climat terrestre : température de surface des océans, concentration atmosphérique du CO2, et donnée plus intéressante encore dans le cas présent, la portion de la péninsule arabique occupée par le désert.

UNE PRÉSENCE VÉGÉTALE SUFFISANTE DANS LA PÉNINSULE ARABIQUE

Les dunes de sable, qui jalonnent aujourd’hui le corridor arabique, n’y ont pas toujours été le paysage prédominant. En effet, en lien avec les variations orbitales de la planète, le climat dans certaines régions, et surtout les précipitations, varient au fil des 125 000 dernières années. La péninsule arabique et le Sinaï, comme l’Amérique du Nord, ont été davantage arrosés, permettant à une végétation suffisamment dense de s’y développer, et d’y garantir la survie humaine.

Homo Sapiens a pu quitter le continent africain au bénéfice de conditions favorables. Sans de grandes réserves d’eau et de nourriture, il serait aujourd’hui impossible au plus averti des aventuriers de traverser le Sinaï puis la péninsule arabique. Nos ancêtres n’ont donc pu progresser vers l’Eurasie qu’à la faveur d’un paysage de savane, qui permet l’alimentation et les conditions de vie nécessaires pour assurer leur traversée.

DES ÉCHANGES ENTRE L’EURASIE ET L’AFRIQUE PLUTÔT QU’UNE SIMPLE SORTIE

Selon eux, il est tout à fait possible que des individus ayant vécu au Moyen-Orient aient pu revenir vers l’Afrique, confirmant donc les conclusions d’une étude génomique, menée par un centre de recherche estonien plus tôt en 2016. Pour autant, les conditions favorables permettant les migrations à travers la péninsule arabique n’ont été que temporaires. Ainsi, entre -71 000 et -60 000 ans, une très forte sécheresse aurait empêché tout échange entre Afrique et Eurasie. Plusieurs périodes ont été propices à la projection d’Homo Sapiens vers l’Eurasie : entre -107 000 et -95 000 ans, puis entre -90 000 et -75 000 ans, et enfin entre -60 000 et -47 000 ans.

Malgré une distance plus importante à parcourir, la Chine a été colonisée par Homo Sapiens bien avant l’Europe. La projection de nos ancêtres vers l’Europe aurait été ralentie par Homo Neanderthalensis, davantage connu comme l’homme de Néandertal. Les migrations liées au climat sont donc très anciennes, et cette étude nous prouve qu’un territoire peut être rendu vivable ou invivable par l’évolution des conditions climatiques.

Le réchauffement climatique, causé par les activités anthropiques, assèche certaines régions, et pourrait forcer, s’il n’est pas enrayé, la migration de 143 millions de personnes d’ici 2050, d’après la Banque Mondiale.

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