La ZFE, un impératif de santé publique pour Montreuil et pour les autres villes

L’urgence sanitaire nous impose de mettre en œuvre la ZFE à Montreuil comme ailleurs, notamment en petite couronne. Cette urgence est aussi sociale. En effet, les inégalités sociales de santé sont particulièrement importantes. Ainsi, les plus fragiles de nos concitoyens sont aussi les plus touchés par les maladies engendrées par la pollution.

Par Tania Assouline, adjointe au Maire et Olivier Stern, conseiller municipal délégué – Montreuil

L’Unicef publie un rapport ce jeudi qui sonne une nouvelle fois l’alerte. L’agence de l’ONU rappelle que trois enfants sur quatre respirent un air toxique dans l’Hexagone. Les enfants, précise le rapport, sont les premiers touchés par la pollution de l’air en raison de l’immaturité de leur organisme, parce qu’ils respirent plus et parce que leur petite taille les rapproche plus des pots d’échappement.

Selon une étude publiée par l’Inserm en 2018, la moitié des enfants nés avec un poids inférieur à 2,5 kg ont un poids faible en raison de l’exposition à la pollution in utero. Un quart aura des retards moteurs ou intellectuels de développement.

Récemment l’association RESPIRE (www.de-l-air-pour-nos-enfants.fr) a mené une étude dévoilée dans Le Monde qui dresse un constat alarmant. En Île-de-France, 682 écoles sont situées dans des zones ou l’exposition dépasse les seuils, parfois à des niveaux préoccupants pour la santé.

À Montreuil, 4 établissements scolaires sont classés « critiques » et 2 « passables » dans l’étude Respire. L’exemple le plus criant reste le duo formé par la crèche Les petits chaperons rouges et la Paris Football Club Academy (respectivement 2ème et 3ème établissement les plus exposés aux dioxydes d’azote de la région en 2017), situés rue de Paris. Ces deux établissements affichent des niveaux critiques de dioxyde d’azote, à plus de 88 μg/m3 en 2017. Un niveau d’exposition menaçant pour la santé des tout-petits.

Alors que les enjeux climatiques sont au cœur de l’actualité, ceux liés à la santé environnementale plus spécifiquement appellent désormais des actes.

Le trafic routier est le principal contributeur aux émissions d’oxydes d’azote, il représente 54% des émissions métropolitaines et 30% des émissions de particules fines. À l’intérieur de la Métropole du Grand Paris, plus de 1,5 millions de personnes sont exposées à des niveaux de particules fines supérieures à la recommandation de l’OMS. À Montreuil, 54 000 personnes le sont et 10 000 à une exposition au dioxyde d’azote supérieur aux valeurs limites.

Face à ces chiffres sans appel, il est possible d’agir. La Zone à Faibles Emissions (ZFE) proposée aujourd’hui par la Métropole du Grand Paris, même dans son scénario minimum, qui consiste à interdire dès juillet 2019 la circulation des véhicules les plus polluants (Crit’Air 5 et hors Crit’Air) dans la zone intérieure à l’A86, permettrait de réduire l’exposition de 150 000 personnes au sein de la métropole au dioxyde d’azote au-delà des valeurs limites. Si les recommandations de l’OMS étaient donc respectées en Île-de-France, un jeune de 30 ans gagnerait en moyenne 7 mois d’espérance de vie et 6 000 décès prématurés seraient évités chaque année.

L’urgence sanitaire nous impose donc de mettre en œuvre la ZFE à Montreuil comme ailleurs, notamment en petite couronne. Cette urgence est aussi sociale. En effet, les inégalités sociales de santé sont particulièrement importantes. Ainsi, les plus fragiles de nos concitoyens sont aussi les plus touchés par les maladies engendrées par la pollution.

Jocelyne Just, pneumologue et cheffe du service d’allergologie pédiatrique à l’hôpital Trousseau alerte « La pollution de fond à laquelle nous sommes exposés en permanence attaque notre organisme. Les enfants ont de plus en plus d'asthme, de plus en plus sévère. Il y a là presque un scandale, du même type que celui de l'amiante. Nous savons, mais nous fermons les yeux. ».

Ainsi, nous récusons l’opposition entre urgence climatique et urgence sociale. Celle-ci n’a pas de sens car il s’agit avant tout d’une crise sanitaire qui de surcroît affecte particulièrement les enfants, bien plus vulnérables aux effets de la pollution. Les deux combats ne peuvent donc s’opposer. Ils doivent se conjuguer.

Le développement des transports en commun et des alternatives à la voiture est un impératif pour gagner cette bataille. À Montreuil, l’arrivée de la ligne 11 à la Boissière, les débuts des travaux du T1 vont dans le bon sens. De la même manière, des aides à la reconversion des véhicules existent mais le reste à charge reste trop élevé et surtout leurs modalités d’accès bien trop complexes. Il est nécessaire, dans des délais courts, de mettre en place un guichet unique à l’échelle régionale pour faciliter l’accès à ces dispositifs et pour que les efforts pour atteindre les objectifs d’amélioration de la qualité de l’air soient justement partagés.

L’application de la ZFE telle que prévue pour juillet 2019 concerne moins d’1% du parc roulant de voitures dans la zone concernée. À Montreuil, une première estimation porte à 840 le nombre de voitures concernées.

Ces interdictions devront être progressives. C’est le sens du calendrier d’interdiction qui ne concerne que les voitures les plus polluantes (déjà interdites à Paris) dès juillet pour s’étendre progressivement d’ici 2030 et arriver à 100% de véhicules propres.

Ce calendrier vise à faire évoluer les usages mais il permet avant tout d’agir concrètement pour améliorer la qualité de l’air et la santé des habitants de nos villes, à commencer par nos enfants. Les élu·e·s locaux ont une responsabilité à prendre les mesures qui sont en leur pourvoir. Élu·e·s locaux mais aussi parents, nous souhaitons nous engager résolument dans cette voie.

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