La mobilisation continue(-t-elle ?)

“Mobilisation en baisse “, “Le mouvement social s’essouffle”, “Moins de manifestants dans les rues”, etc. Voici, en gros, ce que titrait la majorité des journaux au soir du 28 octobre 2010, 7ème journée de manifestations contre la réforme des retraites (entres autres broutilles). Quelques exceptions, comme du côté de l’Humanité (“Un mouvement qui persiste et signe”).

Personne pour titrer : “Au lendemain de son adoption définitive, deux millions de manifestants contre la réforme” (en prenant les chiffres des syndicats, mais ça marche aussi avec ceux de la police). Pourtant, n’était-ce pas là l’information importante, le message de ces manifestations ? Ils ont voté, la “démocratie” a fonctionné, mais les manifestants ont toujours quelque chose à dire. Le peuple veut être écouté en dehors des urnes.

Après la huitième journée de mobilisation aujourd'hui, les médias sont tout aussi d'accord pour enterrer le mouvement ("Der des der" chez 20 minutes, "Mobilisation en berne" chez France Info, etc.). Mais l'information essentielle semble être la "division" des syndicats, le Parision se demandant même s'ils ont "raison de poursuivre la mobilisation". De toute façon, c'était aujourd'hui leur "baroud d'honneur", d'après le Point. Une sorte de rayon de soleil du côté de Libération, qui annonce sobrement "Retraites: entre 375.000 et 1,2 million de manifestants partout en France" soit, ce qui est rare, un titre qui apporte une réelle information et non un avis négatif - même si on se demande ce que vient faire "partout" dans ce titre. Enfin, je ne me fais pas d'illusion, s'il s'était agit d'une manifestation de droite (sic), Libé aurait probablement titré "Les libéraux en déroute" ou quelque chose comme ça.

Il n'est donc pas besoin d'entrer dans le contenu des articles pour voir de quelle manière l’information est orientée, que ce soit dû seulement à la dynamique propre du système médiatico-politique ou à une volonté extérieure affirmée.

Au-delà de la tonalité générale, poussant bien évidemment à la résignation (il faut être raisonnable, maintenant, on ne peut plus rien faire), je note également le fait que les titres mettant en jeu les syndicats utilisent un lexique relativement guerrier et tendent ainsi à transformer un mouvement de contestation sociale en un affrontement entre les centrales et le pouvoir, les citoyens étant finalement considérés comme de simples troupes - ne parlons même pas des lycéens et des étudiants, à qui on a sans doute fait prendre de l'ecstasy pour les sortir 5 minutes du compte Facebook sur lequel ils passent leurs journées et les dresser à avoir une opinion.

Mon sentiment - et je souhaiterais que nous en discutions ci-dessous pour voir s'il est partagé - est que pour la majorité des manifestants, les syndicats ne sont pas des meneurs idéologiques, mais de simples organisateurs. En effet, quand un nombre aussi important de personnes sont en colère et veulent manifester, elles ont besoin que quelqu'un décide quel jour, à quelle heure, et où. Les syndicats, avant tout, c'est pratique d'en avoir ! Grâce à eux, on ne se retrouve pas comme des idiots à manifester à 13 personnes devant la Préfecture parce qu'on n'a pas su s'organiser et que la plupart des autres ont manifesté 3 heures plus tôt. Du coup, quand les syndicats se "divisent", la contestation peine forcément à se maintenir sous la forme de journées d'actions alors même que de nombreuses personnes le déplorent.

Qu'en pensez-vous ?

Si cela s'avérait au moins en partie exact, il serait probablement grand temps d'agir : soit de faire évoluer les syndicats de façon à ce qu'ils représentent une partie bien plus importante de la population et ne soient plus avant tout des muezzins de la contestation, soit de trouver d'autres formes d'organisation pour mettre en place des manifestations citoyennes.

Pour aller plus loin, je recommande la lecture de l'excellent travail réalisé par Acrimed sur le traitement de la réforme de la retraites par les médias : "Munitions pour manifestations".

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.