J’ai trois amis qui portent le même prénom : Mazen.
Le premier est Mazen Hamada, originaire de Deir ez-Zor. Il a été arrêté à plusieurs reprises durant les premières années de la révolution syrienne et a subi de lourdes tortures. Il s’est ensuite réfugié en Europe, où il a livré de nombreux témoignages sur les crimes commis dans les prisons syriennes. Plus tard, il a été enlevé en Europe, renvoyé de force en Syrie, arrêté par l’ancien régime et tué sous la torture quelques jours avant sa chute. Les circonstances exactes de son enlèvement restent inconnues à ce jour.
Le second est Mazen Khayyo, poète originaire de la province de Soueïda. Il y a vécu toute sa vie sans jamais être impliqué dans aucune forme de violence. Il a été enlevé de son domicile, dans notre village à Soueïda, par des milices affiliées au nouveau pouvoir. Son sort demeure inconnu.
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Le troisième Mazen, également originaire de Soueïda, est un ami proche. Il connaît personnellement Mazen Khayyo, puisqu’ils sont du même village, et il connaît Mazen Hamada à distance, en tant que réfugié en Europe issu d’une tragédie similaire.
Récemment, sur les réseaux sociaux, ce troisième Mazen a été vu se moquant publiquement d’une image montrant Mazen Hamada en pleurs lors de l’un de ses témoignages, le présentant comme un extrémiste, à l’instar de ceux qui ont enlevé Mazen Khayyo et commis des massacres à caractère génocidaire dans la région de Soueïda.
Ce même individu incarne ce que l’on pourrait appeler aussi le “quatrième Mazen” : un modèle récurrent de discours qui se moque des victimes surtout comme Mazen Khayyo, relativise leur sort et justifie leur élimination à travers des accusations de mécréance, d’apostasie, de trahison ou de collaboration
Mazen Hamada et Mazen Khayyo sont des victimes, tandis que le troisième et le quatrième Mazen constituent une seule et même partie dans la justification du crime.
ceux qui partent seuls et déplacés nous rendent seuls et déplacés!!
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