Devant ton indicible douleur.

Depuis un peu plus de vingt quatre heures, nous sommes, à raisons, entraînés dans une spirale de commentaires, d'informations, d'interrogations et d'émotions difficilement maîtrisables. Nous sommes tous touchés, émus, blessés, tristes, horrifiés pour des raisons qui nous sont propres. Anonymes ou personnalités de notoriétés diverses, expriment avec sincérité leur trouble ou leur douleur, leur colère ou leurs peurs. Tous, nous cherchons et employons les moyens que nous voulons appropriés pour rendre hommage aux victimes de ce que nous qualifions de barbarie, ou pour manifester notre soutien et notre solidarité avec leurs proches.
Ressentant confusément que je me trouvais entraîné dans ce maelstrom, j'ai éprouvé le besoin de prendre un peu de recul, de distance pour reprendre contact avec mon vrai ressenti, mes sentiments profonds, les miens. Et j'ai réalisé que toutes ces manifestations sincères m'avaient éloigné de la réalité du drame que notre pays traverse.
Cette réalité, c'est l’indicible détresse que vivent les proches de chacune des victimes. L'indicible douleur d'un père, d'une mère, d'une sœur ou d'un frère, l'indicible douleur d'un fils ou d'une fille, d'une compagne ou d'un compagnon, d'une amie ou d'un copain d'enfance. La violence et la profondeur de leur douleur me sont inaccessibles malgré mon humble et sincère tristesse, mon humble et sincère dégoût, mon humble et sincère colère, moi qui ne connaissais personnellement aucune des victimes.
Je pense à cet instant à tous ces êtres désemparés, et une profonde envie de les serrer très fort dans mes bras m'assaille. Et je pleure.
Toi ce père ou cette mère, toi cette sœur ou ce frère, toi ce fils ou cette fille, toi cette compagne ou ce compagnon, toi cette amie ou ce copain d'enfance, je te prends dans mes bras et je te serre fort contre mon cœur et je pleure avec toi.
Je t'aime. Je t'aime comme des millions de femmes, d'hommes et d'enfants t'aiment.

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