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Billet de blog 14 avr. 2021

Vers la production manufacturière de vaccins sur le continent africain

Deux auteurs, le D. Walwyn de l'Afrique du Sud, et P. Gehl Sampath, anciennement à la CNUCED (ONU), économiste connue pour son plaidoyer pour l'Afrique, - et que nous avions eu l'occasion d'apprécier ici à Genève - dans la santé globale à Harvard, USA - ont mené une étude remarquable afin que le continent se dote enfin de capacités manufacturières en produits de santé et vaccins.

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Traduit de sa parution en anglais dans «THE CONVERSATION» / pour AMR & COVID-19 THE BRIEF (parution le 28 avril)

parution dans The CONVERSATION) le 11 avril 2021/traduction le 15 avril.

Cet article donne un excellent apperçu de cette étude et des discussions en cours qui sont de la plus haute importance étant donné la pandémie actuelle, sans parler des embouteillages qui bloquent un grand nombre de ports actuellement depuis certains en Inde jusqu'à même Amsterdam, la clef de l'accès en Europe (selon nos sources privées - THE BRIEF), Gehl Sampath a participé à la réunion de l'Union Africaine récemment sur cette question du développement des capacités de production vaccinale, et nous rapporte avoir rencontré un accueil très favorable.

​Une étude de cas en Afrique du Sud montre bien comment développer la fabrication de vaccins 

par David Richard Walwyn Professeur, Technology Management, Université de Pretoria, Afrique du Sud

et Padmashree Gehl Sampath Fellow, & Senior Advisor, Global Access in Action Program, Berkman Klein Center, Harvard University​​, USA​

​L'inégalité dans l'accès aux vaccins contre la COVID-19 est devenue un problème de plus en plus urgent et criant. Mais la gestion du problème nurnommé "nationalisme vaccinal" s'avère difficile à résoudre. Les pénuries de médicaments et la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement en médicaments essentiels sont des problèmes pour presque tous les pays en développement. En Afrique, en particulier, les capacités de production sont limitées. Plus de 20 pays ne disposent d'aucune capacité. Et de nombreuses régions continuent d'importer au moins 95 % de leurs besoins pharmaceutiques. Il est essentiel de comprendre pourquoi il en est ainsi. Après tout, il est amplement démontré que les gouvernements peuvent être des acteurs économiques efficaces. Ils peuvent notamment exercer une grande influence sur le secteur manufacturier. Ils peuvent, par exemple, renforcer les capacités par le biais d'incitations, de réglementations et de politiques.

L'expérience d'autres pays montre que les investissements publics et les marchés publics dans le secteur pharmaceutique national peuvent créer des capacités et des marchés.

Alors pourquoi cela n'est-il pas arrivé sur le continent ?

En général, ces produits sont à forte intensité en termes de technologies et de capitaux. Ils nécessitent un personnel hautement qualifié et des chaînes d'approvisionnement fiables pour les matières premières clés et les équipements spécialisés. Et l'investissement initial dans les personnes et les infrastructures nécessite des marchés stables à long terme avec un volume suffisant pour justifier le risque.

L'absence de cette sécurité, même sur les plus grands marchés du continent, comme l'Afrique du Sud, le Nigeria et l'Égypte, limite l'expansion de ce secteur essentiel.

Nous avons donc mené une étude pour comprendre dans quelle mesure les difficultés dans l'accès à des financements entravaient le développement des capacités de fabrication de vaccins et d'autres équipements médicaux. Nos résultats montrent comment les gouvernements, les entreprises et les organismes donateurs devraient aligner leurs efforts pour soutenir ces ressources clefs que sont les diagnostics, les vaccins et les thérapies.

Nous identifions un certain nombre d'approches à explorer. Il s'agit notamment de plans conjoints pour des centres de production régionaux, d'approvisionnements groupés, de subventions directes, de périodes d'exclusivité commerciale, de transfert international de technologie et de réorientation de l'aide internationale au développement.

Dans le cadre de cette étude (Opportunités, contraintes et Soutiens essentiels pour atteindre une capacité de production de médicaments local et durable en Afrique: avec un regard spécifiquement sur le financement – en anglais), nous avons examiné deux études de cas en Afrique du Sud : Ketlaphela Pharmaceuticals et l'Institut Biovac.

Ketlaphela est une entreprise publique. Elle a été créée pour fabriquer des ingrédients pharmaceutiques actifs (IPA) et des produits médicaux principalement pour les maladies transmissibles telles que le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme. L'entreprise n'a pas encore de produit pharmaceutique.

Biovac est un partenariat public-privé entre le gouvernement sud-africain et un consortium de sociétés fournissant des soins de santé. Sa capacité est faible par rapport au marché d'un vaccin contre la COVID-19.

Néanmoins, ce cas permet de tirer trois leçons importantes sur la manière dont un pays comme l'Afrique du Sud peut s'y prendre pour développer ce type de capacité. Tout d'abord, cela a permis de sécuriser le marché sur le long terme. Ceci a été mis en place par le biais d'un contrat effectif de 15 ans avec le ministère national de la santé. Deuxièmement, il a permis à Biovac de recevoir une prime afin de financer le réinvestissement de la société dans la fabrication de vaccins. Et enfin, cela a permis la mise en place d'une solide capacité de R-D.

Pour comprendre comment ces expériences s'accordent avec les réalités plus larges de la production pharmaceutique en Afrique, nous avons cartographié les flux de financements de projets pharmaceutiques sur le continent.

Nous avons également interrogé les parties prenantes, notamment les associations de la société civile et les experts de l'industrie. Enfin, nous nous sommes entretenus avec des fabricants de produits de diagnostic, de vaccins et de thérapies sur le continent pour comprendre les réalités sur le terrain.

Les obstacles

Les conditions de financement de la fabrication de diagnostics, de vaccins et de thérapies en Afrique sont manifestement très diverses. Certains pays disposent de marchés financiers liquides, de devises facilement disponibles et de systèmes financiers sophistiqués. D'autres sont confrontés à de réelles contraintes en termes d'accès aux capitaux et aux devises étrangères.

De la même manière, nous avons constaté que les petits producteurs étaient confrontés à des défis différents de ceux des grands producteurs établis.

Néanmoins, nous avons trouvé des points communs.

Les entreprises ont fait état de différents évidents entre les aspirations politiques visant à réduire la dépendance aux importations dans le domaine des soins de santé, et les réalités quotidiennes. En particulier, les entreprises se sont plaintes de facteurs qui ont augmenté le coût de leur capital et les ont rendues moins compétitives. Ces facteurs étaient liés à des défaillances systémiques ou infrastructurelles sur lesquelles elles n'avaient que peu de contrôle. Il s'agit notamment

- des coûts d'électricité élevés et un approvisionnement peu fiable,

- le manque d'eau potable,

- les retards dans les ports,

- la faiblesse des infrastructures, et

- la disponibilité limitée en personnel qualifié.

Nos entretiens ont confirmé que ces coûts supplémentaires ont rendu plus difficile pour les entreprises locales d'atteindre le seuil de rentabilité et de récupérer leur fonds de roulement sur des marchés hautement compétitifs.

En conséquence, les entreprises se sont souvent repliées sur des catégories de produits plus étroites. Ou bien elles ont fermé, incapables de concurrencer les entreprises indiennes et chinoises sans un soutien accru du gouvernement.

Quelques réponses:

L'étude a mis en évidence deux domaines essentiels pour réformer les structures de soutien public en faveur des entreprises locales.

En premier lieu, les gouvernements doivent utiliser les marchés publics. Ils peuvent le faire en fournissant des contrats d'approvisionnement à plus long terme avec de fortes garanties d'enlèvement (take-or-pay / Prend ou paye).

Deuxièmement, les organismes donateurs doivent revoir leurs stratégies d'approvisionnement et les reconsidérer en faveur des fabricants locaux. Celles-ci sont actuellement basées sur des installations accréditées et à faible coût, principalement en Inde et en Chine.

Cela est plus facile à dire qu'à faire. Néanmoins, la principale conclusion des entretiens est que lorsque les entreprises locales sont en mesure de fabriquer des produits de bonne qualité, elles doivent pouvoir accéder aux marchés sans être "évincées" par des entreprises plus grandes qui réalisent des économies d'échelle et de gamme. À long terme, cela pourrait contribuer à créer un plus large éventail de fournisseurs issus des pays en développement.

Le rôle des agences de financement internationales est essentiel pour renforcer la résilience locale aux urgences sanitaires mondiales. Par exemple, le Fonds mondial est responsable du financement et de l'achat de 21 % des médicaments destinés au traitement du VIH. Des chiffres similaires sont rapportés pour la tuberculose et le paludisme.

De même, l'un des objectifs de la stratégie de Gavi pour 2021-2026 (GAVI 5.0) est de créer des marchés sains pour les vaccins. Cet objectif pourrait être revu à la lumière de ces réalités, notamment en raison des contraintes d'approvisionnement auxquelles est confrontée l'installation COVAX.

Ces agences ont le pouvoir de marché nécessaire pour diversifier les sources d'approvisionnement sans compromettre le coût des services de santé publique. Ces entités pourraient travailler avec les gouvernements nationaux pour renforcer les capacités locales et accroître la résilience.

Débloquer le soutien financier

Il est intéressant de noter que la cartographie des flux de financement a montré qu'il existe des capitaux d'investissement disponibles sur les marchés financiers mondiaux. Il s'agit notamment de capitaux destinés à l'investissement dans les diagnostics, les vaccins et les thérapies en Afrique.

Si des contraintes pèsent sur le financement de la fabrication, ce n'est pas en raison d'une pénurie mondiale de capitaux disponibles. Des institutions telles que la Banque mondiale, la Société financière internationale et la Banque africaine de développement ont annoncé des engagements importants pour soutenir les réponses au COVID-19. Malheureusement, ces fonds n'ont pas encore été alloués à des projets de fabrication de produits pharmaceutiques en Afrique.

De même, les fondations financent la recherche et développement, les engagements d'achat anticipé de vaccins et de produits de diagnostic, ainsi que d'autres efforts visant à lutter contre le COVID-19. Mais elles n'ont pas non plus financé matériellement des projets de production en Afrique.

Compte tenu de l'impact dévastateur de la pandémie sur les économies du continent, les institutions internationales et les gouvernements doivent travailler ensemble pour amener la fabrication pharmaceutique dans les pays africains.

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