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Billet de blog 1 janvier 2014

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Internet et Etat font boutique commune

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les inquiétudes de certains concernant l'intrusion des sociétés numériques dans la vie privée de chacun arrivent bien tardivement. Le constat, en effet, qu'il est maintenant possible d'élaborer un profil (commercial, politique, comportemental en général) de tous et d'en disposer à tout moment ne peut que rappeler le très dommageable précédent du fichier STIC.

Le fichier STIC peut être vu comme un ancêtre de la surveillance internet: c'est un instrument permettant de regrouper toutes sortes d'informations dépassant largement le périmètre des données officielles (telles que les condamnations), pour agréger ce qu'il convient d'appeler toutes sortes de "commérages". Peu de voix s'expriment à présent contre l'existence et l'usage de ce fichier. Les raisons en sont les suivantes:

- c'est un mal 'silencieux': sauf dérapage mediatiquement visible (telle l'affaire IKEA), les effets du fichier STIC ne sont pas perceptibles dans la vie courante,

- si l'un des bouts de la tuyauterie est susceptible de fuire gravement (n'importe quel individu, s'il est pourvu des acointances nécessaires, telle qu'un beau-frère dans la police, peut prendre connaissance des commérages contenus dans le fichier STIC à votre sujet), le public est tout de même rassuré de savoir que l'autre bout est exclusivement alimenté par des policiers assermentés,

- ce qui peut donner le sentiment que, si la fiche STIC d'un individu n'est pas vide, c'est qu'il est sorti du troupeau pour être distingué par la police, ce qui ne concernerait pas celui 'qui n'a rien à se reprocher',

- et donc qu'au final, ces petits désagréments sont des maux nécessaires au maintien de la sécurité du plus grand nombre.

L'acquisition de données comportementales par internet vient bousculer ce confort intellectuel, parce qu'il met sur un même pied celui qui se pense honnête citoyen, et les autres. Cette confusion survient parce qu'il y rapprochement des intérêts commerciaux - auxquels devraient être soumis les honnêtes citoyens (en tout cas, ils se sont majoritairement habitués à cette idée) - et des intérêts de l'Etat policier. Ce rapprochement se matérialise dans le partage que les deux font de la tyauterie internet, dans le cadre d'une connivence où s'échangent: intérêts commerciaux, fiscalité, maîtrise des infrastructures. Les protestations vertueuses des uns et des autres, jusqu'aux plus hauts sommets de l'Etat, sont alors bien évidemment des pantomimes masquant de plus en difficilement une réalité qu'à contribué à dévoiler l'affaire Snowden.

Dans cette confusion d'intérêts, l'idée rassurante qu'un fichier pouvait être toléré parce qu'exclusivement alimenté par des opérateurs assermentés tombe, et le citoyen découvre que l'Etat en est réduit à trafiquer avec des société devenues si puissantes, qu'on ne sait plus à présent distinguer le petit dealer du chef mafieux. Le rabaissement de la fonction de l'Etat s'est trouvé illustré par le magnifique raccourci, appliqué à une idole politique, du "yes, we can" - "yes, we scan".

Au final, c'est de la confusion des intérêts de l'Etat et de ceux des commerçants que risque de naître la défiance vis à vis de tels fichiers, confusion par nature 'populaire'. Et puisqu'une théorie se doit d'être prédictive, gageons que les Etats donneront à présent des signes de reprise en main de la sphère commerciale internet, tout en ménageant l'essentiel du pacte qui les lient.

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