Le gouvernement Tsipras a beau s'être entouré de techniciens compétents, personne n'est actuellement en mesure de dire de quelle manière la Grèce naviguera dorénavant dans les eaux européennes; pas même si elle sera à terme dans, hors, ou à moitié dans celle-ci; si elle conservera l'Euro, ou pas. Ces ambiguïtés, ces marges de manoeuvres, sont assumées par le nouveau pouvoir. Non qu'elles seraient celles d'une inconsistance politique, mais plutôt qu'elles répondent à des nécessités économiques et politiques: bénéficier de la crédibilité européenne, mais ne pas s'y soumettre totalement; rétablir une justice sociale minimale, mais ne pas l'anéantir par une insolvabilité généralisée.
Ce qui frappe, donc, dans la situation grecque, c'est cette dualité politique et économique, dont on ne sait comment elle se résoudra. Et s'il ne fallait pas la résoudre, et pour cela constater la nécessité que l'économie, jusqu'à sa représentation ultime de la monnaie, devait elle aussi se dédoubler en adoptant deux monnaies ? D'un côté l'Euro, monnaie d'échange européenne, soumise aux impératifs collectifs; de l'autre une monnaie non convertible, destinée à assurer les échanges internes, non compétitifs mais socialement motivés.
De telles monnaies locales existent déjà, à l'échelon régional. Elles ont précisément l'avantage de permettre qu'une vie sociale minimale échappe au rouleau compresseur de l'économie étatique: des services, contre des services, en marge des mécanismes fiscaux, en marge de l'emploi officiel, lorsqu'il est déficient. N'est-ce pas là, à une échelle un peu plus grande, le problème de la Grèce: rester dans la communauté pour les échanges indispensables qu'elle est encore en mesure de supporter; ne pas s'y trouver lorsque la compétition n'est pas soutenable ?
Billet de blog 1 février 2015
Deux monnaies pour la Grèce ?
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