Le choix électoral de la réforme des retraites

Sur les bases du dernier scrutin, une absence de report des voix au second tour, ou même un défaut important de ses électeurs, ne mettraient pas E. Macron en difficulté.

Ils n'ont pas pu ne pas y penser: en soutenant l'épreuve de force pour promulguer une loi de réforme des retraites ne trouvant pas l'approbation d'une majorité de français, E. Macron et son gouvernement ont intégré les conséquences possibles sur le scrutin présidentiel de 2022. Rappelons d'abord quelques chiffres.

Selon une enquête IPSOS, notamment pour Public-Senat, le report des voix au second tour de la présidentielle de 2017 était le suivant:

- Report des électeurs de F. Fillon vers E. Macron: 48 %, vers M. Le Pen : 20 %
- Report des électeurs de J.L. Melanchon vers E. Macron : 52 %, vers M. Le Pen : 7 %
- Report des électeurs de B. Hamon vers E. Macron : 71 %, vers M. Le Pen : 2 %
- Report des électeurs de N. Dupont-Aignant vers E. Macron : 27 %, vers M. Le Pen : 30 %

Avec, au premier tour, un réservoir de votant suivant:

- E. Macron : 24 %
- M. Le Pen : 21 %
- F. Fillon : 20 %
- J-L. Melanchon : 19.6 %
- B. Hamon : 6.4 %
- N. Dupont-Haignant : 4.7 %

Le scrutin du second tour ayant été:

- E. Macron : 66.1 %
- M. Le Pen : 33.9 %

 En admettant qu'aucun report de voix n'aurait eu lieu de J.L. Melanchon et B. Hamon vers E. Macron, au profit de l'abstention, que le report de voix de F. Fillon ait été inchangé, et que l'intégralité des voix de N. Dupont-Aignant se soient reportées vers M. Le Pen, le scrutin du second tour aurait été le suivant:

- E. Macron : 57 %
- M. Le Pen : 43 %

En admettant, en plus, qu' E. Macron perde, dès le premier tour, 20 % de ses propres électeurs au profit de l'abstention, le scrutin du second tour serait:

- E. Macron : 53 %
- M. Le Pen : 47 %

Ce n'est qu'en perdant 65 % des propres électeurs d'E. Macron que l'on arrive à un scrutin équilibré. On le voit, E. Macron peut légitimement espérer garder sur M. Le Pen une avance, même si les électeurs de gauche décidaient de s'abstenir, voire même si une proportion importante des électeurs de l'actuel président venaient à faire défection. Cet état de fait traduit la faiblesse de la gauche. Seule une élimination au premier tour, très improbable étant donné la faiblesse, aussi, des Républicains, pourrait contrarier la reconduction de l'actuel président.

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