Fake news, opinions et journalisme participatif

Le journal Liberation expérimente l'éradication des fake news: sans vrais moyens, il est contraint à la chasse aux contributions participatives.

En l'absence de réels moyens d'investigation, toute information doit être reléguée au rang de 'fake news'. C'est la conclusion qui s'est imposée au journal Liberation. Tandis que certains, tel Mediapart, voient dans le journalisme collaboratif l'une des clés de leur succès - en autorisant toutes les contributions sous forme de commentaires ou de billets qui ne contreviennent pas à des limites instantanément perceptibles - d'autres se sont donné comme priorité l'élimination de l'intoxication informative, donc des 'fake news'.

Ainsi, les modérateurs du journal Liberation éliminent-ils tout commentaire apportant des informations non vérifiées. Dès lors, il devient impossible de porter à la connaissance des lecteurs en ligne de ce journal des informations complémentaires, qui ne seraient pas déjà connues du plus grand nombre. Le principe prend toute sa dimension comique, lorsqu'il s'agit de compléter un article de la rubrique 'Checknews', qualifié par Liberation de 'moteur de recherche humain'. Ce site, géré par des journalistes, se donne pour mission d'enquêter sur des informations controversées que lui signaleraient ses lecteurs.

Dans une livraison récente, 'Checknews' se donnait pour mission de répondre à la question : "Macron est-il favorable à la chasse à courre ?". Pour répondre à la question, la journaliste se réfère aux engagements du candidat E. Macron devant le congrès de la Fédération Nationale de la Chasse (FNC). L'article ne donne pas de lien vers l'information primaire (à savoir, la video de l'intervention de E. Macron à ce congrès), mais vers un ancien article du même journal le relatant. Un commentaire d'un lecteur désirant lister le contenu de ces engagements est éliminé, car les informations qu'il apporterait ne sont pas aisément vérifiables, et susceptibles de participer d'une intoxication politique visant à dénigrer le désormais président Macron. Il est possible, par contre, de poster l'information qu'il existe une video de cette intervention (mais pas le lien), et le lecteur intéressé devra donc chercher cette video, puis la visionner durant 40 minutes.

On le voit sur cet exemple: l'élimination des 'fake news' sans moyens considérables ferme la porte au journalisme participatif et renforce la pratique du journalisme d'autorité. Mais il révèle aussi la faiblesse des media qui choisissent de se placer dans le courant de l'information immédiate: soucieux de capter l'audience (on n'ose dire le lectorat) du flux de l'information éphémère, il doivent dans le même temps se prémunir des manipulations empruntant les mêmes voies. Le projet de législation annoncé par le gouvernement Macron mettra cette protection au centre du débat: fera-t-il reposer la responsabilité de faire taire certaines voix - et lesquelles - sur les media eux-mêmes ?

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