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Billet de blog 8 février 2015

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Les bonnes affaires du service public

Le magazine d'information de France 2 "Envoyé spécial" a diffusé le 5/2/15 un reportage ainsi présenté: "Un voyage au cœur des nouveaux intermédiaires de l'immobilier dans un secteur en pleine mutation. Qui sont-ils ? Comment travaillent-ils ?"

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Le magazine d'information de France 2 "Envoyé spécial" a diffusé le 5/2/15 un reportage ainsi présenté: "Un voyage au cœur des nouveaux intermédiaires de l'immobilier dans un secteur en pleine mutation. Qui sont-ils ? Comment travaillent-ils ?"

Le magazine présentait sous un jour très favorable les mandataires immobiliers travaillant pour le compte de réseau nationaux sans agence. Il était notamment mis en avant les marges réduites, de l'ordre de 3%, de ces prestataires, comparées aux marges plus importantes des agences traditionnelles. On peut légitimement classer ce type reportage dans un genre télévisuel florissant, notamment à l'occasion des journaux d'information de grande écoute: "comment vivre aussi bien, par temps de crise".

Cependant, la promesse de France 2 de nous faire découvrir "qui sont ces agents" et "comment ils travaillent" est non seulement fallacieuse mais, pour le coup, coupable de passer sous silence une réalité nettement moins glamour.

Pour prendre un exemple précis, le réseau Optimhome, l'un des plus étendus en France, fonctionne de la manière suivante:

Pour la modique somme de 450 € mensuels, le réseau permet à ses mandataires de recruter des mandats immobiliers, qui sont affichés sur le site web du réseau, dans l'attente de clients. Eventuellement, des clients acheteurs se présenteront et verseront une commission - effectivement plus réduite que dans les agences immobilières - qui ira en partie au mandataire, en partie au réseau.

On l'aura compris, mis à part un site web peu coûteux et un peu de publicité, le système consiste d'abord à faire payer des mandataires pour travailler. Il est donc à coup sûr extrêmement rentable pour le réseau, et, éventuellement, permet de générer des revenus pour le mandataire. Le système repose sur les contraintes qui pèsent sur le statut d'agent immobilier, lui interdisant d'exercer réellement à son compte, sauf à disposer d'une qualification professionnelle, consistant en 10 ans d'expérience; trois si l'on dispose du baccalauréat, ou un diplôme obtenu trois années après celui-ci. Dans l'attente, les mandataires sont contraints d'être hébergés par de telles structures, qui leur auront dispensé 10 jours de formation en guise de diplôme puis, de facto, les laissent s'égayer dans la nature à la recherche de leur pitance. Une pitance d'ailleurs bien difficile à trouver, puisqu'il est facile de rentrer des mandats, mais beaucoup plus difficile de vendre, lorsque chaque mandataire n'a à sa disposition qu'un nombre réduit de biens en vente, comparé à une agence traditionnelle où les mandats sont vendus par tous les agents, qui les mettent en commun.

On est donc, concernant "Envoyé Spécial", très loin de découvrir qui sont ces agents, et comment ils travaillent. Nous sommes très loin, aussi, de l'esprit de la courageuse émission d'Evelyne Lucet, "Cash investigation", s'appliquant à faire découvrir aux télespectateurs les dessous de l'économie heureuse.

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