Delevoye prié de fermer boutique urgemment

La consultation citoyenne animée par P.-P.Delevoye a été précipitamment close ce dimanche. Les préconisations du haut commissaire, censées refléter les résultats d'une large consultation, ont été reçues par la population pour ce qu'elles sont: l'exposé trop honnête d'un plan déjà arrêté.

Les ministres avaient beau répéter que la contestation n'avait pas de fondements, "rien n'étant écrit", les préconisations Delevoye ne pouvaient néanmoins apparaître que comme un exposé très précis des visées du gouvernement. Retour sur une stratégie de communication en passe de se fracasser sur la réaction populaire.

Les deux grandes consultations citoyennes organisées par J.-P. Delevoye auront surtout été l'occasion de planter sans discussion possible les fondements de la réforme voulue par le gouvernement: une règle d'or destinée à limiter à 14% du PIB les dépenses de retraites, et un système à points. En dehors de ces principes, il était rigoureusement vain d'introduire dans la consultation Delevoye de quelconques alternatives, telle par exemple une règle d'or visant à conserver aux retraités un pouvoir d'achat.

Mais la consultation Delevoye ne se prétendait pas un referendum: tout au plus source d'inspiration pour le haut commissaire, dont il faut reconnaître qu'il eut l'honnêteté de produire un rapport de préconisations exposant clairement sa vision des choses (laquelle, en réalité, ne date pas d'hier, et se trouve être bien antérieure à ses consultations).

Dans un gouvernement de manipulation des opinions, les écrits trop précis ne peuvent que focaliser l'attention. En dépit des enfumages des obligés médiatiques, (ce fut à croire que nombre de journalistes avaient tout bonnement perdu la capacité de lire - on citera par exemple l'émission économique de France Inter, où les commentateurs purent disserter de l'indexation à soit-disant l'inflation plutôt qu'aux salaires, alors que ni l'une ni l'autre ne sont garanties, dixit les préconisations), M. Delevoye écrivait, et il écrivait plutôt clairement. C'est ainsi qu'on peut lire:

"Si la règle de revalorisation par défaut sera l’inflation, le Conseil d’administration aura la possibilité de proposer une règle pluriannuelle de revalorisation des retraites. Le cas échéant, cette modalité d’évolution permettra, compte tenu des prévisions économiques réalisées, d’ajuster la revalorisation des retraites à la situation du pays, sans dépendre trop fortement des évolutions conjoncturelles du cycle économique."

ou bien encore:

"Au démarrage de la réforme, et en l’état des hypothèses actuelles (1,3% de productivité du travail), la valeur de service pourrait être fixée de sorte qu’1 point soit égal à 0,55€ de retraite annuelle."

 Tout le reste est l'avenant: précis, factuel, quantifiable.

Les réactions fortes se faisant jour, un cycle de réactions gouvernementales s'enclencha, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il transpira plus le désemparement que l'expression d'une relation honnête à la population:

- Désolidariser les populations en évoquant qu'une grande partie pourrait ne pas être concernée par la réforme (clause de grand-père et autres),

- Dresser les uns contre les autres, en désignant les régimes spéciaux comme les fauteurs de trouble,

- Prétendre qu'on se méprenait, car rien "n'était écrit" (appel aux syndicats réformistes),

- Menacer d'une double punition en proposant une réforme paramétrique conjointe ("bad cops" Darmanin et Philippe),

- Menacer, encore, en brandissant "une réforme plus brutale" si la présente ne se faisait pas (argument censé séduire la jeunesse),

- Eteindre toute réflexion sur le sujet, en présentant un projet figé dans les délais les plus brefs.

 On n'aura sans doute jamais connu plus pitoyables manoeuvres politiques: dans son genre, l'épisode évoque les jongleries d'un Trump, occupé à flairer l'opinion populaire, pour y trouver ce qui pourrait le mieux lui servir. Sans doute faut-il voir là l'influence de l'accélération de la communication politique, mais aussi celle du Président lui-même, qui fut, dès ses débuts, servi par l'usage des apparences, et, sur certaines propositions, d'une démagogie bien comprise.

Au milieu de ce brouet politique, J.-P. Delevoye devra enfin se taire: la façade s'étant écroulée, il faut à présent balayer.

 

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