"Du côté français, les poilus avaient pris l'habitude de se désigner eux-mêmes comme de la chair à canon" - Antoine FOUCHET - 1914-1918, cent ans après, La mémoire vive
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Lorsque M. M. reçu de son fils un appel l'informant du dernier formulaire reçu du Département suite à sa demande de R.S.A., il lui revint en mémoire l'affirmation du Président lors de sa prestation face aux français: "la démographie d'un pays, c'est aussi sa richesse".
Le formulaire, en effet, demandait à son fils s'il avait songé à faire valoir les obligations alimentaires incombant aux ascendants, c'est à dire demander à ses parents de lui verser une pension, plutôt que d'en faire la demande à l'Etat.
M. M. avait pourtant eu, en matière de contribution démographique, un parcours presque parfait. Manquant de peu les quelques dixièmes nécessaires, il avait, en concevant deux enfants, quasiment contribué à maintenir stable la population française, à laquelle par ailleurs contribuaient aussi de nombreux autres citoyens, s'il devait croire les statistiques démographiques, ainsi que la dernière émission du Président, tous plaçant la France en tête du palmarès démographique européen - une autre exception française.
Il est un fait que, depuis des décennies, pas un gouvernement n'avait manqué d'affirmer qu'une démographie vigoureuse, ce sont des enfants; des enfants, de la croissance; et de la croissance, de la richesse.
Quelque chose, cependant, avait du enrayer la mécanique. Les deux enfants de M. M. n'avaient pas de travail; l'un partageait avec trois autres personnes un appartement que deux adultes richissimes avaient du cautionner, et achevait d'interminables études qui peut-être le conduiraient à un emploi de fonctionnaire; l'autre mendiait le RSA, donc, lorsqu'il n'était pas alimenté par d'éreintantes et épisodiques vendanges.
Le Département, en songeant à M. M. et à la mère de ses enfants, avait du se dire que, si la richesse n'était pas au rendez-vous des enfants, elle pouvait peut-être s'attarder auprès des parents. M. M., cependant, ne devait qu'à son conjoint de ne pas demander lui-même le R.S.A., ayant après plusieurs années infructueuses abandonné ses recherches d'emploi, et le pôle censé le lui procurer. Quant à la mère des enfants, les ménages auprès de la florissante démographie française n'avaient que modestement contribué à l'enrichir.
Lorsque M. M. fut informé par son fils de la démarche du Président Département, il ne put s'empêcher de songer aussi à la phrase F. Mélenchon à l'adresse d'il ne savait plus quel politicien: "il fait du bruit avec sa bouche".