Google: est-ce de l'art ou du cochon ?

On nous pardonnera - ou pas - ce mauvais jeu de mots, mais la cohabitation de la firme spécialisée dans la compilation numérique (de liens, de vues, de musées, d'images, d'adresses mails et autres localisations...) avec la notion abstraite et pour certains insaisissable de l'Art, provoque chez nous comme un syndrome de Tourette.

Le dernier projet de Google d'institut culturel numérique (Google Art Project) ressemble à tous les précédents: en proposant, "associé à des centaines de musées, d'institutions culturelles et d'archives [d'] héberger en ligne des trésors culturels du monde entier", il renouvelle sa proposition de pixelliser le monde. Ne nous manque que l'odeur, et la porcherie serait complète (voilà que ça me reprend !).

Pourquoi tant de haine ? Sans doute parce que l'Art solitaire, avec Google, évoque irrésistiblement une forme de voyeurisme à l'opposé du lien social créé par la réunion d'oeuvres et d'un public. En démultipliant la précision de l'observation de l'oeuvre - au-delà de tout ce qui serait possible dans un musée - Google enferme l'observateur et l'oeuvre - réduite à ses pixels - dans une pièce dont il aura pris soin de ménager un trou de serrure par où les observer. Ce trio: l'observateur, l'oeuvre pixélisée et Google, ne peut qu'évoquer quelque pratique cochonne d'un nouveau genre, actionnant l'un des ressorts viciés de la machinerie Google par le supposé plaisir de l'autre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.