La république des minima sociaux: le projet de LREM

Décidés à transformer le bourbier jaune en or, La République en Marche souhaite focaliser l'action publique sur les plus défavorisés, pour mieux abandonner à la financiarisation les classes moyennes et supérieures.

L'une des propositions pour le grand débat de la République en Marche (voir dans le commentaire la reprise par E. Philippe) sonne comme une proposition des plus charitables:

" En aidant nos aînés avec une grande réforme de la dépendance

En indexant sur l’inflation les pensions des retraités les plus modestes : « Mais ce que j’ai le plus entendu pendant les débats, et pour tout dire, ce à quoi j’avais le plus de mal à apporter une réponse, autre que budgétaire, c’est le sentiment d’injustice lié à la sous indexation des retraites. Oh ne rougissons pas trop, les autres avaient fait pire, c’était bien souvent gelé. Mais oui, je crois vraiment qu’il faut revenir sur la sous-indexation des pensions pour les retraités modestes. Pour ceux- là, les retraites doivent augmenter en même temps que l'inflation. »

Il s'agit en réalité de l'alpha et de l'oméga de la politique Macron: soulager le budget de l'Etat et des entreprises de leurs plus lourdes charges, et réduire l'Etat-providence à un filet compassionnel de sécurité des plus défavorisés.

Comme il est en passe de le faire pour l'assurance chômage, où les cadres, pourtant contributeurs proportionnellement les plus importants du système, ne devraient plus à présent en bénéficier dans la pourtant maigre proportion qui est actuellement la leur, le gouvernement Macron rêve d'envoyer les retraités se faire voir chez les assureurs et les banquiers. Pour les convaincre de cela, quoi de plus efficace que de signifier à la plus grande partie de la population que constituent les classes moyennes qu'elle ne devrait plus attendre du système des prestations proportionnées à ses efforts ?

C'est en réalité là toute la politique européenne, jamais formulée, inlassablement poursuivie. Pour permettre la libre circulation des personnes, des travailleurs, pour permettre la convergence des systèmes fiscaux, il est incontournable d'engager la convergence des systèmes sociaux. La retraite par points participe en réalité de cette convergence, en instaurant une monnaie d'échange des retraites européennes: une fois converties en points, les retraites deviennent transportables d'un pays européen à un autre, pourvu que l'on prenne soin d'attribuer aux points une valeur d'échange adaptée à la richesse des pays ayant produit cette monnaie.

Mais cela n'est pas suffisant. Jamais l'Europe ne convergera vers une retraite telle que celle qu'à mis en place notre sécurité sociale. Pour rendre les choses tout à fait digestes pour les 28, il est nécessaire que chacun s'accorde pour ne plus verser qu'un minimum de subsistance, et pour dévoluer à la rente privée le reste, c'est à dire une grande partie des retraites des classes moyennes et supérieures.

Le récent pacte CFDT, Nicolas Hulot, Abbé Pierre, Secours Catholique, France Terre d'Asile, etc... participe de cette démarche charitable. Implicitement, il abandonne l'idée d'un partage de la richesse en proportion des contributions, à laquelle les diverses strates de la société adhèreraient, pour ne plus se concentrer que sur les revenus de subsistance. Ce n'est pas en effet leur faire injure, que de constater que des fondations comme celles de l'Abbé Pierre où le Secours Catholique sont peu préoccupées du sort des classes moyennes, l'urgence pour elles se situant ailleurs.

Ainsi, du constat présenté comme contraint que "l'Etat ne peut pas tout", nous sommes conduits à présent à la doctrine que "L'Etat ne doit pas s'occuper de tout". Déjà, on nous répète que la France bénéficierait d'une assurance maladie exceptionnelle, luxueuse même, comparée à celle de ses voisins; que pour les retraités, si confortablement dotés, l'augmentation de la CSG et la non-indexion des pensions ne serait que justice. Demain (c'est à dire après les élections européennes), ce sera la pérennité même de ces retraites qui constituera un luxe injustifié.

Une fois culpabilisé de la sorte, chacun ne devrait pouvoir qu'accepter de nouvelles mesures d'austérité, pourvu qu'on les agrémente du renfort de quelques minima sociaux, censés ne plus pouvoir être assurés qu'à l'aide de nouveaux sacrifices de la majorité de la population.

En se faisant photographier en maraude avec un sdf, E. Macron a clairement envoyé le message: sa politique sera sociale, et cela justifiera les économies à grande échelle qu'il met en place, dut-il pour cela dépenser d'abord quelques milliards.

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