La scène se passe au bureau de vote n°3 de Cabourg, dans l'école primaire. Une presque rigoureuse organisation a été mise en place: marquage au sol, gel, personnel d'accueil. On ne regrette que l'absence de doubles rangées de tables pour éloigner les assesseurs des postillons qui tombent sur leur tête, et le maintien des rideaux des isoloirs à manipuler, bien que retournés face au mur.
A l'entrée de la salle de vote, cependant, dans le couloir qui la précède, c'est un petit attroupement de Cabourgeais qui frappe. Composé à une exception près d'hommes, ceux-ci se massent en marge de la file d'attente et, parlant haut et fort pour être entendus, se proposent de se serrer la main et s'embrasser, ce qu'ils font avec une fierté manifeste. Il est clair qu'ils n'entendent nullement se préparer à voter dans l'immédiat, mais comptent mettre à profit l'évènement pour socialiser bruyamment. Leur attitude, leur teint grisâtre et couperosé pour certains, donnent nettement l'impression qu'ils entendent reconstituer là le zinc qui aura du fermer ce dimanche.
Tout autant que l'état des équipements sanitaires du pays, cette crise risque bien de révéler l'individualisme et l'abrutissement d'une partie de la population, qu'on aura laissé prospérer en même temps que le consumérisme qu'elle sert. Méfions-nous qu'à la tristesse de voir disparaître certains de nos proches, il ne nous faille aussi ajouter le regret qu'ils partent par bêtise.