La progression des partis nationalistes en Europe (jusqu'à 20% en Finlande et en Autriche, la France se contentant d'un petit 14% aux dernières législatives) s'accompagne d'une autonomisation de l'Europe vis à vis des pays la constituant. Alors qu'il y a peu on pensait l'Europe reposant sur les piliers allemand et français - aucun ne pouvant raisonnablement lui faire défaut - on constate à présent que le pilier français ne saurait non seulement imposer la marche de l'ensemble mais, pire, qu'il ne lui serait finalement plus vraiment indispensable. On peut en effet imaginer à présent une Europe amputée de la France et de ses 15% de PIB européen, sans provoquer d'effondrement. Alternativement, on n'imagine plus à présent la France sans l'Europe. Cette seconde conception croise celle des partis d'extrême droite, clamant au contraire que l'intégration est source de nos maux, et qu'on ne saurait plus imaginer de France prospère dans l'Europe.
Les deux discours ne sont pas contraires: s'ils semblent entretenir les français d'un même débat, ils sont réalité sous-tendus par de tels non-dits qu'on ne saurait véritablement les comparer. Les partis majoritaires dessinent leur politique européenne sur une toile de fond que ceux d'extrême droite qualifient de décor de théâtre et, faute de s'accorder sur la réalité présente, on compare vainement les politiques à mettre en oeuvre. L'Europe est-elle présentement légitime parce que bonne (c'est à dire, sa conception, ses principes lui donnent-ils une valeur supérieure aux Etats la constituant), ou bien l'Europe est-elle devenue indispensable, parce que suffisamment nuisible à ceux qui la quitteraient?
S'il existe une diplomatie européenne à l'usage des nations la constituant, elle exclut radicalement que soit posée une telle question, par essence inutile dans un cadre 'constitutionnel'. Les peuples, eux, continuent d'interroger la nature de l'Europe, ne serait-ce que sur le plan de la démocratie, instrument pour eux toujours opérant, puisque susceptible de détruire ce cadre - du moins le croient-ils. Dans un tel contexte, les progrès de la démocratie européenne sont alimentés par les visions de ce qu'elle doit être; par la pression de ce qui serait susceptible de la détruire, ou bien encore par des institutions s'alimentant elles-mêmes. En même temps que disparaissent les deux piliers, les deux premiers moteurs s'affaiblissent, et on ne sait encore si le troisième a pris le relais. Dans cette course de vitesse, ceux qui veulent consolider l'Europe usent chacun de l'un de ces moteurs. C'est ainsi que l'on tisse de grands accords internationaux, destinés à voir le jour à la fois dans le secret de leur conception et sous le sceau parlementaire.
Billet de blog 16 août 2014
Europe: de l'adhésion à la contrainte ?
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