E
. Macron présente sa réforme des retraites par points comme susceptible d'instaurer une égalité des pensions, une universalité, qui feraient défaut aux multiples régimes tels que nous les connaissons. Il a déjà été dit, qu'en fait d'égalité, le système proposé ne règle pas le problème de la répartition des richesses dans une génération, et entre les générations.
Quelque soit l'opinion qu'on ait des orientations politiques de E. Macron, il faut reconnaître au personnage une certaine volonté de s'attaquer à la complexité des systèmes hérités, ce qui est manifestement le cas des systèmes de retraite français; celle, aussi, de projeter ses réformes dans l'avenir. Ancien banquier, ancien ministre de l'économie, c'est un technicien capable de réformer des mécanismes complexes, et de prévoir les conséquences de ceux qu'il met en place, dans une apparente absence d'idéologie. A ce titre, il est symptomatique qu''il ait pu être dit de sa réforme des retraites qu'elle ne résout rien, tandis qu'on peut argumenter que, bien au contraire, elle est susceptible d'entraîner la réforme profonde des principes mis en oeuvre.
Dans la lignée de ce caractère apparamment simplificateur et visionnaire, E. Macron ne peut être que choqué de ce que la libre circulation des personnes dans l'espace européen fasse l'objet d'un conflit grandissant entre les principes européens et les réglementations sociales nationales. Pour ne citer qu'un exemple, l'absurdité est manifeste lorsque l'on constate qu'un nombre croissant de travailleurs français sont à présent appelés à travailler, dans leur propre pays, en tant que travailleurs détachés... Imagine-t-on le héraut de l'économie numérique tolérer longtemps, une fois élu, ce genre d'absurdités ?
Ayant clairement affirmé son orientation européenne, c'est bien évidemment dans ce cadre qu'une lecture de son programme social devrait être faite. Nul doute qu'il ne l'ait partagée récemment avec A. Merkel, bien que la question ne fut pas cependant posée, à son retour. Pour en revenir aux retraites, nous sommes encore bien peu à nous intéresser au montage censé rendre compatibles, en Europe, mobilité des personnes et versement des pensions. En résumé, le système actuel se fonde sur un double calcul, national d'une part, et communautaire d'autre part, en proratisant l'ensemble des cotisations locales acquises durant la période de travail. Le plus favorable des deux calculs est ensuite retenu.
Cette logique du droit à pension communautaire est tout à fait branlante. En effet, chaque régime national étant conçu essentiellement dans le cadre d'une carrière complète (avec, pour ce qui nous concerne, ses systèmes de décote, de surcote, de poly-pensions, pénibilité etc..), retenir de chaque régime le prorata du temps passé dans celui-ci est une très grossière approximation des subtilités de régimes complexes comme le nôtre. E. Macron le sait, et sa réforme compte bien résoudre ce problème, bien qu'elle soit présentée sous un tout autre jour. En attribuant à tous des points universels, on assure en effet aisément la portabilité européenne des retraites, dans la mesure où il suffit ensuite de négocier la valeur de ce point pour chaque pays.
Le sujet de la portabilité des droits sociaux en Europe est très rarement débattu (car, sans doute, passé la technicité du sujet, il nous faudrait constater qu'ils convergent inéluctablement vers des solutions libérales). Il est frappant de constater que la réforme des retraites de E. Macron n'est jamais présentée, ni interrogée, dans cette optique. Elle est pourtant emblématique de ces réformes soit-disant techniques qu'affectionne le candidat, mais dont il semble le seul à discerner vraiment la totalité des conséquences qu'elles portent en elles.
Lors des débats a minima qui vont avoir lieu (et dont il faut dès à présent regretter que le service public n'ait pas eu à coeur de les organiser entre les candidats sous un format mono-thématique: "les systèmes de retraite", "la sécurité sociale", "le travail", "L'Europe" .... plutôt que lors de pugilats raccoleurs et superficiels), nous serions bien avisés de questionner E. Macron sur les aspects européens de ses réformes des droits sociaux.