Matthieu Bellahsen souhaite nous entretenir, en video, de ce que "la santé mentale est devenue un outil du neolibéralisme" (Mediapart)... Le fond est tentant, mais la forme appelle quelques commentaires.
On peut trouver un certain curiosité à observer et entendre Michel Foucault "par lui-même" (Mediapart 27/01). Après tout, n'est-il pas devenu un monstre sacré, et ses contemplateurs ne sont-ils pas fondés à souhaiter recueillir sur le visage du maître le plus petit indice éclairant encore sa pensée (encore que...).
Pour les autres, l'exercice doit être jugé pour ce qu'il apporte. Pour certains - dont on dit qu'ils seraient à présent nombreux - s'enrichir sans renoncer à regarder, écouter. Mais regarder quoi, écouter quoi ? Si le sujet est complexe, alors il requiert que mon esprit puisse s'arrêter, se poser, revenir; bref des détours et des allées et venues. S'il ne l'est pas, la vision du locuteur compensera-t-elle la simplicité du propos, ou bien au contraire dissipera-t-elle d'avantage un cerveau déjà peu mobilisé ?
On craint en fait que la seule justification de l'exercice ne soit qu'il constitue en réalité un sous-genre: pas assez construit pour un texte, trop barbant pour une interview écrite, si on faisait une video ? Il faut dire aussi que l'interrogation elle-même procède d'un certain utilitarisme: la chose vaut-elle la peine que je lui consacre cinq, dix minutes ?
Le fond de l'affaire, cependant, n'est pas cela: l'intérêt de la conférence, de l'interview, ne réside que dans la possible interaction avec le public, l'interviewer. On peut ainsi exposer des choses très savantes, mais s'exposer à ce qu'un jeune blanc bec du public ne se lève pour dénoncer un raisonnement faux, un interlocuteur soulever la contradiction (encore que l'interviewer peut tout aussi bien est retranscrit par écrit).
Bon avec, tout ça, on ne sait toujours pas ce que vaut la prestation de Sophie Dufau...