Après tout, qu'Edouard Martin soit socialiste, pourquoi pas: il y a bien des électeurs pour penser que François Hollande, qu'il vouait naguère aux enfers, ne l'est pas. Dans ce cas de figure, donc, aucune trahison.
Non, ce qui dérange, c'est le vide doctrinaire qu'il incarne, une fois tête de liste européenne. Les membres de 'son' parti - lui-même - nous l'ont clairement énoncé: là où il se trouvera élu, il dira ce qu'il voudra, fera ce qu'il voudra, votera ce qu'il voudra. Dès lors, voter Martin, c'est plébisciter la politique de Martin, et prendre acte du vide de la proposition socialiste.
Or, il a du échapper à ceux qui l'ont acquis à leur cause un petit détail: l'électeur n'est pas encore débarrassé de toutes ses envies de se voir offrir une doctrine; un projet de société; un but vers lequel tendre; bref, une politique assortie de moyens d'y parvenir. Sans doute F. Hollande n'a-t-il pas encore été assez longtemps président pour inculquer à chacun que, hormis l'adaptation à des forces qui nous dépassent, le répiéçage sans fin (et sans fond) de vieux modèles tout en clamant la transition en tout, rien, décidemment, ne devrait plus faire sens que les coups de gueule - selon les circonstances - d'hommes et de femmes que l'électeur suivrait, à défaut de politique.
Il leur aura donc échappé, aussi, que face à au vide politique prétendument rempli par ces représentants de rien, d'eux-mêmes, et au final d'on ne sait plus quoi, que ceux du Front National pourraient bien apparaître comme d'inaltérables étalons de la politique. On connait cependant la recette: plutôt le réalisme, que l'impossible politique; plutôt rien, que le pire.