Ils sont là, bien visibles dans leurs jacquettes orange fluo, siglées de l'indication "orientation", ce vendredi soir. Par groupes de quatre ou cinq; en chaîne agitant un baton lumineux; adossés parfois aux rembardes; sur les trois niveaux; tous jeunes. A vue d'oeil, ils sont une trentaine. Certains tentent de canaliser les voyageurs vers un accès de metro plutôt qu'un autre; d'autres sont postés sous les écrans d'horaires; d'autres sont juste là.
A quoi servent-ils ? D'habitude, cette interconnexion entre le metro et la gare SNCF, en passant par la galerie commerciale, est certes dense, mais on n'y constate jamais de blocage des flux. D'ailleurs, les noeuds de blocage seraient impraticables, pour qui voudrait se risquer à y proposer n'importe quel service. Personne ou presque, apparemment, ne sollicite leurs services. Ils sont très loin d'être sollicités comme le sont les gilets rouges de la SNCF, postés à l'étage des départs, à qui l'on demande des renseignements relatifs aux trains.
Alors, s'ils ne servent pas à grand chose, c'est sans doute qu'il faille se poser la question de l'utilité de leur poste, pour eux-mêmes. La réponse est sans doute: retrouver le rythme du travail; entendre des consignes; se coordonner... Mais comment ne pas se dire que confier à ces jeunes des tâches peu ou pas utiles pour la société est un autre facteur de désespérance, pour soi; de la société ? N'y-a-t-il vraiment aucune place pour eux, qui les ferait apprécier; qui les ferait s'apprécier ? Si on leur demande, le soir, "qu'as-tu fait de ta journée ?", répondront-ils: "j'ai retrouvé le rythme du travail; j'ai entendu et respecté les consignes" ? ou bien "ils sont râleurs les vieux qu'on aide, mais après quelques jours on copine" ? Si, même subventionnés, on ne sait plus trouver de sens à l'emploi des uns et des autres, qu'est-ce que cela dit de notre société ?