"Faut pas pisser dans l'ambulance"

De la maltraitance ordinaire

Mme G. fêtera bientôt ses 90 ans, ou peut-être pas. Sa santé décline, et il peut lui arriver de tomber à son domicile, une maison charentaise, proche d'Angoulême. C'est ce qui lui est arrivé, une nuit vers trois heures. Elle s'est pris les pieds dans le tapis de sa chambre, et est tombée.
Mme G. est munie d'un dispositif d'appel des secours, qu'elle porte autour du cou. Mais elle ne veut pas en abuser, de peur peut-être qu'on la juge incapable de rester chez elle. Alors, cette nuit là, elle a attendu le matin pour se manifester. Les pompiers l'ont emmenée à l'hôpital public d'Angoulême, dit "de Girac". Là bas, on l'a attachée sur un brancard, fait des examens qui concluront à son renvoi possible au domicile.
Pendant tout ce temps, Mme G. aurait voulu uriner. Elle l'a dit, l'a répété. Mais personne n'aura pris le temps de s'occuper d'elle. Cela aura duré de longues heures.
Enfin, l'ambulance qui devait la ramener chez elle est arrivée. Mme G. le redit, elle a besoin d'uriner. Peine perdue: l'ambulancière lui lance: "faut pas pisser dans l'ambulance", et la ramène chez elle, à 40 kilomètres.
Mme G. est toujours chez elle. Son médecin, l'une des rares personnes à se préoccuper d'elle, lui a fait remplir une demande d'entrée en Ehpad: ce sera sans doute pour la rentrée, lorsqu'une place se libérera.

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