L'inspection du travail, comme si vous y étiez

Comment on emploie, dans le secteur de l'hébergement, des jeunes travailleurs en dépit de la réglementation, sans que personne ne s'en inquiète.

C'est une entreprise filiale d'un groupe néerlandais. Dédiée à l'accueil du public, l'établissement de ce groupe emploie un effectif variable, pouvant atteindre la centaine d'employés. Elle leur offre des salaires modestes, en dépit de la très grande diversité des missions, relevant souvent de hautes qualifications: électricité, plomberie, sanitaires, chauffage, sécurité, etc... telles qu'on peut les trouver dans cette importante communauté d'hébergement. La plupart de ces domaines d'activité sont strictement réglementés, pour des raisons d'hygiène ou de sécurité.

En dépit de cela, la plupart des missions des employés s'effectuent sans que l'employeur ne prenne la peine de qualifier les intervenants: réparation création d'installation électriques sans habilitation; intervention sur les chaufferies et contrôles réglementaires sans formation; installation et entretien de chauffe-eau gaz sans formation ni qualification; manipulation de rejets de fosses septiques sans couverture vaccinale; manipulation de chariots élévateur sans permis de cariste, le tout sans sanitaires ni vestiaires à disposition du personnel. La situation des employés n'est pas régularisée, ce qui offre l'avantage de les maintenir dans une situation de dépendance grâce à des qualifications non reconnues. Aucune inspection de travail n'a été constatée dans cette entreprise depuis plusieurs années. Aucun affichage relatif à l'hygiène et la sécurité, aux conventions collectives, ou mise à disposition du registre hygiène et sécurité.

Mais voilà, cette entreprise est une grande consommatrice de jeunes chômeurs, et il est hautement apprécié localement sa contribution à l'emploi, même si une grande proportion de ces emplois repose sur la contribution saisonnière de Pôle emploi. Sans doute pour cela aussi, la mairie de la commune sur laquelle opère l'entreprise ferme les yeux sur irrégularités sanitaires et de sécurité dont elle est pourtant informée.

Est-ce le prix à payer pour les quelques fractions de pourcent de chômage gagnés sur la catégorie A ? Comment douter que l'incapacité dans laquelle on met les acteurs de l'inspection du travail de correctement effectuer leur travail ne mine aussi ces personnels ?

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