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Billet de blog 27 mars 2014

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Municipales: du danger d'avoir encore des élections

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Les récentes élections municipales illustrent tragiquement le divorce entre les populations et leurs gouvernants. Comme le faisait remarquer J-P. Raffarin, il ne s'agit pas d'un choix entre deux politiques, mais du rejet pur et simple, par voie d'abstention et de prime au FN, des gouvernances conventionnelles, telles que représentées par l'UMP et le PS. La défaite n'est pas la débâcle des seconds, comme voudraient le penser les premiers, avides de jouir indûment de leur succès relatif, mais bien celle des mécanismes démocratiques, dans un cadre européen que ne manque jamais d'évoquer le FN en campagne.

Un exemple symptomatique du divorce qui s'opère a été donné récemment, avec les négociations du traité de commerce transatlantique. Si ce traité ne constitue pas à un sujet de débat communément répandu parmi la population (on a même pu relater le cas d'un député ignorant son existence), il est un exemple parlant de la complexification associée à la mondialisation, dont la résolution semble soustraite au contrôle démocratique direct pour être confiée, via d'obscures négociations, aux dirigeants nous représentant, et au-delà d'eux à la commission européenne. C'est ainsi qu'on a pu entendre Nicole Bricq tempérer l'inquiétude exprimée par Y. Jadot à propos de cette opacité, par l'observation que des discussions avaient pu déjà fuiter, comme si la fuite constiuait à présent un mécanisme démocratique dûment répertorié par un gouvernement de gauche !

Si la population n'est pas en mesure - parce qu'elle n'est pas formée, pas instruite, pas consultée - de s'exprimer sur un sujet qui pourtant aura des conséquences très directes pour elle, elle perçoit, cependant, que les mécanismes auxquels elle est soumise l'écartent du processus de décision, au profit de ce qu'elle nomme technocratie et impuissance du politique. Ce qu'elle perçoit comme un vol de la démocratie est apte à provoquer sa fureur, et il ne faut pas s'attendre à ce que sa révolte prenne la forme d'un débat politique policé, relayé par de sages institutions politiques. Certes, les masses n'ont pas toujours été éclairées, et elles ont souvent suivi un homme plutôt que des idées. Mais qui voudrait, aujourd'hui, suivre un Hollande ou un Ayrault ? Encore moins leurs idées, depuis longtemps disparues derrière la soumission à un système !

Tout se passe aujourd'hui comme si de soi-disant urgences - telle l'urgence de stimuler par le libre échange le règlement de crises économiques et sociales dont la cause n'est pas l'absence de ces échanges - imposaient à présent de passer au-dessus des peuples, devenus incapables d'apprécier l'évolution de l'économie, des sciences, du monde qui les accueille. Les connaissances requises à la marche du monde seraient-elles devenues trop vastes pour que la plupart d'entre nous soient désormais incapables de juger du bien fondé d'une action politique ? Ne devons-nous plus contribuer à présent que comme des rouages spécialisés - des fourmis laborieuses - à cette marche ? Effacer ceux les moins aptes au nouvel ordre?

Il faut lire le désordre jeté dans les urnes comme une violente révolte contre de telles propositions. Il faut lire l'adhésion à des propositions inquiétantes et stupides comme l'expression de la bêtise à laquelle on a volontairement voué toute une partie de la population, supposée inadaptée à la compréhension, à la contribution active à une société qui les dépasserait.

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