Poitou-Charentes: l'armée de l'air fait main basse sur les territoires

Déplacées de Tours, où elles provoquaient la fureur des habitants, les activités militaires aériennes impactent à présent durement le polygone La Rochelle, Niort, Poitiers, Limoges, à partir de la base de Cognac-Châteaubernard.

L'argent, et en particulier les 40 milliards d'euros annuels du budget militaire et les quelques 6 milliards d'exportations de matériel militaire, peut-il tout acheter ?

Il faut le croire, si l'on en juge par le mutisme des élus régionaux qui a accompagné le déplacement des activités de la base 705 de Tours pour la base 709 de Cognac-Châteaubernard, alors que les nuisances de ces activités avaient été expérimentées sur les Tourangeaux, à tel point qu'on évoquait dernièrement une consultation pour le départ de la base.

Pour en être tout à fait sûres, la ministre des armées, Mme PARLY, et sa ministre déléguée, Mme DARRIEUSSECQ, ne manquent pas, lorsqu'elles visitent la base de Cognac, de rappeler la promesse de 130 millions d'investissements. Certains indigènes n'entendent cependant pas se laisser acheter par la verroterie des ministres et, plutôt que de faire profil bas en disant 'merci', ils pensent plutôt devoir mordre rageusement la main qui prétend les nourrir. A cet effet, ils ont créé le site BA709.FR, et se sont baptisés 'les indigènes de la 709', jugeant avoir assez subi le mépris de l'autorité militaire pour leurs existences. Ils y exposent le vécu de la population, qui expérimente depuis peu les plans militaires.

Alors que la vente de Rafale devient une grande cause nationale, et que l'aide humanitaire médiatisée de la France au gouvernement indien - qui se voit livrer sa commande de quelques 8 milliards - peine à masquer l'indécente comparaison avec l'état sanitaire du pays, que la France ambitionne de délivrer des formations en même temps qu'elle vend les appareils, que la perspective de mener une grande consolidation militaire européenne comble la mégalomanie présidentielle, les petites vies des habitants picto-charentais pèsent bien peu face au ruissellement promis. Que leur importe, pourtant, cet argent, alors qu'ils ne peuvent plus travailler, étudier, se reposer dans des conditions décentes ?

Les anglais, traditionnellement bien implantés en Aquitaine, ont tiré les premiers, et alertent à présent leurs compatriotes de la dégradation de l'environnement. Les hollandais semblent suivre, qui eux aussi ont contribué à revivifier ces contrées rurales. Qu'importe, pour certains élus qui ne jurent que par le grand barnum estival des côtes aquitaines...

Il n'y a pas qu'en Inde ou en Arabie Saoudite que l'argent des armes corrompt. Il le fait tout aussi bien sur nos territoires, en éteignant les velléités de rendre à chacun son droit. Si l'on n'est pas au Larzac (qui entendait concentrer la mainmise de l'armée sur quelques dizaines de milliers d'hectares) cette entreprise de démolition de plusieurs territoires pourrait bien être le ferment de réactions rageuses.

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