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Billet de blog 4 oct. 2022

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Que reste-t-il de l’Amazonie après 4 ans de Bolsonaro ?

Amazonie : On fait le bilan après 4 ans de Bolsonaro. Culture du soja, élevages bovins, souffrance des populations autochtones, la déforestation de l’Amazonie a battu des records depuis 2019. Bilan désastreux.

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Zone de déforestation, Pérou, sud-ouest de l'Amazonie © Clémence Rio

10 000 km² disparaît chaque année, près de 100 fois la ville de Paris

Élu sans véritable programme en 2018, Jair Bolsonaro laisse un héritage désastreux pour le pays. Si, sous son mandat, les politiques sociales ont été démantelées et l’extrême pauvreté à progressé, la déforestation de l’Amazonie reste l’une des conséquences emblématiques du gouvernement Bolsonaro. Son bilan environnemental est catastrophique. Les budgets du ministère de l’environnement ont été drastiquement réduit, et c’est l’Amazonie, immense réservoir de biodiversité de 6 millions de km², dont 63% se trouve au Brésil, qui en paie les conséquences. 

« Il n’y a aura pas un centimètre supplémentaire de terres indigènes» 
Bolsonaro avant d’arriver au pouvoir en octobre 2018.

Sur la période août 2020-juillet 2021, soit en une année seulement, la déforestation de l’Amazonie a augmenté de près de 22%. 13 000 km² ont été rasés, l’équivalent de la superficie du Liban ou plus de 120 fois la ville de Paris. Bilan, la déforestation a en moyenne augmenté de 75% depuis l'arrivée de Bolsonaro par rapport à la décennie précédente. 

© AFP

Superficie actuelle : 6.7 millions de km²
État de la déforestation : depuis 1970, 20% a disparu au profit d’élevage bovin, culture du soja, de l'huile de palme, de biocarburants et bois.

Élevage Bovin, le Brésil premier exportateur de bovins au monde

“Les forêts amazoniennes souffrent à mesure qu’augmente la demande mondiale et donc la production intensive de produits agricoles tels que la viande de bœuf et de soja” - WWF. Année après année, les millions d’hectares de forêts déboisés sont remplacés par de vastes zones de cultures et de pâturages. Les producteurs abattent d’abord les arbres, les vendent pour le bois et brûlent ce qui reste afin de préparer les terrains. Pour l’élevage bovin, ils sèment ensuite de l’herbe, installent des barrières et amènent le bétail pour le faire paître. Le Brésil est ainsi le premier exportateur de bovins au monde. Pour le soja, il est le premier producteur mondial. 
Mais les entreprises françaises n’ont jusque-là manifesté pas grand intérêt pour la traçabilité de ces produits. La France à par exemple, en 2017, importé 1.8 millions de tonnes de soja brésiliens. Pour l’UE, ce chiffre passe à 16 millions, ce qui en fait le deuxième importateur mondial de soja après la Chine. Un commerce majoritairement destiné à l’alimentation animale. 
Récemment, le groupe Carrefour a notamment été accusé par l’ONG Mighty Earth de participer à cette déforestation. En 2020, l’ONG avait déjà listé plusieurs entreprises françaises liées à la déforestation au Brésil, notamment celles du groupe LDC, numéro un Européen de la volaille (Le Gaulois, Loué, Maître Coq, Marie, …), ou encore Bunge, leader mondial de soja, huiles végétales, etc.

"On a remarqué qu'il y a des produits dans les magasins Carrefour au Brésil qui sont issus de la déforestation".

"Pour la France, ce sont des produits volailles. Elles sont nourries au soja de la société Bunge qui participe à la déforestation du Cerrado", cette savane d'Amérique du Sud est "fortement déboisée pour le soja qui est exporté notamment en France".
Boris Patentreger, directeur France de Mighty Earth (source Franceinfo).

Du mieux avec Lula ?

Dimanche 2 octobre, les Brésiliens ont voté pour le premier tour des élections présidentielles 2022. Si 11 candidats se présentaient, seuls deux sont au second tour : Jair Bolsonaro, actuel président d’extrême droite en poste depuis 2019 ; et Lula, figure de la gauche brésilienne, en poste de 2003 à 2011. Les électeurs de Lula espéraient peut-être une victoire dès le premier tour, mais la partie semble plus compliquée que prévue. Selon les sondages pré-élections,  la victoire était donnée à Lula avec 47 % contre 33% pour son opposant fasciste. Résultat : Lula reste devant (48%) mais Bolsonaro le suit de peu (43%). Le second tour aura lieu le 30 octobre prochain. 

Si Lula vient à être élu, il faut s’attendre à “un resserrage de vis” d’après Marion Daugeard, Docteure en Géographie et en Développement Durable. Mais la géographe rappelle que “Lula et le Parti des travailleurs [...] ont toujours été liés à l’agrobusiness, qui a toujours été important dans la balance commerciale du pays. Plus le cas encore à ces élections pour lesquelles Lula a dû aller chercher des soutiens à droite de l’échiquier politique ». Une certaine diminution à venir donc, à savoir si Lula adoptera des mesures de ruptures concrètes avec la politique menée jusqu’à ce jour. Voir Article - Portrait et critique de Lula, par Orsinos. Cette année pourtant, la déforestation risque de s’accélérer encore. Selon Romulo Batista, qui travaille pour Greenpeace, les années électorales restent souvent favorables à la dévastation environnementale au Brésil. Bolsonaro, très incertain pour sa réélection, devrait profiter au maximum des mois à venir avant la transition présidentielle, s’il venait à perdre face à Lula. 

Déjà, le pouvoir local tente de faire passer une loi favorisant l’élevage et l’utilisation de pesticides dans le Pantanal. Alberto Terena en appelle à la responsabilité des pays importateurs : « Tout ça, c’est pour l’exportation. Le soja produit ici, c’est pour nourrir le bétail là-bas. Donc tant que le marché européen continuera à consommer ces produits, tout va empirer ici. » Jean-Mathieu Albertini pour Médiapart. 

Rédaction par François Perdriau pour Orsinos. 

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