ORSINOS
Abonné·e de Mediapart

19 Billets

0 Édition

Billet de blog 5 mars 2022

Mon corps que je hais.

De nombreuses personnes souffrent de TCA (19 % d’adolescent·e·s en France seraient dans des contrôles permanents de leur alimentation et de leur poids) ; j’en ai moi-même souffert lors de mon adolescence.

ORSINOS
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Santiago, Chili, 2022 © Clémence Rio

Se soigner des TCA est un long processus, et, pour la personne défaitiste que je suis parfois, on n’en guérit jamais réellement. Chaque problème dans ma vie a un affect sur ma manière de manger et sur comment je perçois la nourriture. Elle peut être à la fois quelque chose de réconfortant, de culpabilisant, elle n’est que rarement quelque chose qui permet à mon corps de fonctionner correctement. Je suis passée par des phases très différentes, d’une anorexie sévère à une obésité assez forte. 

La bulle du confinement 2020

Lors du premier confinement, j’ai repris le sport et suis devenu végane en repensant totalement mon alimentation. J’ai également arrêté l’alcool durant cette période, et par conséquent j’ai perdu beaucoup de poids. Le temps que le confinement offrait m'a donné envie d'essayer des choses, de prendre de nouvelles habitudes, d'avoir le temps d'assimiler de nouvelles pratiques. 

À la sortie du confinement j’avais perdu approximativement une vingtaine de kilos, je ne peux pas être plus précise car je ne me pèse jamais à cause de mon passif anorexique (un pacte fait avec ma mère et moi-même). J’ai reçu de nombreuses remarques, toutes très positives et beaucoup de félicitations. J’étais à la fois contente et assez mal à l’aise face à ces remarques. Comme si mon corps d’avant était laid et ne méritait pas d’exister. C'est comme ça que je l'ai interprété, on me félicitait de ne plus être celle d'avant. 

La parole des autres 

Pourtant, c’était mon choix de me mettre au sport, et cela m’a permis de redécouvrir et d’aimer mon corps. C’est actuellement le meilleur moyen que j’ai trouvé pour l’aimer. Le voir accomplir ces exercices physiques, le voir s’améliorer avec le temps, devenir meilleur, plus fort, est pour moi très satisfaisant. Ce rapport plutôt sain à mon corps que j’avais avec le sport, enfermée dans ma bulle du confinement, a totalement été déséquilibré par les remarques et par le monde extérieur. 

Le rejet de mon corps d’avant par l’ensemble de mon entourage me met une sorte de pression sur le fait de retrouver ce corps inesthétique. Ma pratique sportive, qui était saine, est devenue une sorte d’angoisse et de pression si je ne l’effectuais pas. Ce n’était plus sain : pendant une période je me suis remise à compter mes calories, à angoisser à l’idée de manger un burger, à traquer chaque changement dans mon corps dès que je croisais un miroir. 
 

Olmué, Chili, 2022 © Clémence Rio

 
Entre contrôle et obsession

Être dans le contrôle permanent et analyser tout ce que je mange est épuisant. J’ai honte d’avoir ce rapport à l’alimentation et mon corps. 

J’ai honte car c’est me rappeler, sans cesse, que j’ai échoué à soigner ce côté-là de moi. Je lisais que les TCA, cette peur de grossir était une forme de "maladie de la séduction", qu'on était à la fois obsédée à l'idée de plaire mais en même temps dans la détestation de cette idée. Ses mots quand je les ai lu m'ont fait du bien. Cette volonté que j'ai de plaire et d'être dans une performance de la féminité ultra stéréotypée mais en même temps je me déteste de jouer ce rôle pathétique.

Je ne me sens donc pas légitime dans mes combats féministes parce qu’en secret je mets tout en œuvre pour avoir le corps le plus normé possible. J’ai honte d’avoir pris plaisir à pouvoir mettre des vêtements que je n’aurai pas osé mettre avant alors que je ne cesse de répéter qu’un vêtement n’a pas de taille. J’ai honte d’être mieux mince alors que je me bats tous les jours contre la grossophobie. J’ai aussi honte de me voir encore trop souvent grosse et prendre part à des combats qui ne sont plus miens car je ne suis plus grosse aux yeux de la société. 

Comment vivre sereinement dans mon corps quand je suis prise entre deux parties de moi ? La féministe qui critique les normes esthétiques qui pèse sur les femmes dans nos sociétés ; et la meuf ayant cette volonté interne obsessionnelle d’atteindre ses normes inatteignables de beauté.

Ne jamais guérir 

Je ne guéris pas de mes TCA, car chaque jour une nouvelle injonction, une remarque, une photo de moi prise sous un mauvais angle, un essayage de vêtement dans une cabine avec une lumière peu flatteuse me rappelle que je n'arrive pas à atteindre cette norme de corps que je m'exige mais que la société exige aussi aux femmes.

Je n’ai pas de solutions à part écrire sur le sujet : il y a des jours avec et des jours sans. Il n'y a que l'accompagnement d'un professionnel (psychologue, médecin ou toute autre médecine alternative) qui peut réellement aider et soigner. C'est une maladie qui connaît énormément de rechute. Le chemin n'est pas linéaire. 

Si vous vous reconnaissez dans ce texte, veuillez consulter un professionnel.

Orsinos - Clémence R

Retrouvez Orsinos sur Instagram juste ICI

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Affaire Abad : une élue centriste dépose plainte pour tentative de viol
Selon nos informations, Laëtitia*, l’élue centriste qui avait accusé, dans Mediapart, le ministre des solidarités d’avoir tenté de la violer en 2010, a porté plainte lundi 27 juin. Damien Abad conteste « avec la plus grande fermeté » les accusations et annonce une plainte en dénonciation calomnieuse.
par Marine Turchi
Journal — France
Opération intox : une société française au service des dictateurs et du CAC 40
Une enquête de Mediapart raconte l’une des plus grandes entreprises de manipulation de l’information intervenue en France ces dernières années. Plusieurs sites participatifs, dont Le Club de Mediapart, en ont été victimes. Au cœur de l’histoire : une société privée, Avisa Partners, qui travaille pour le compte d’États étrangers, de multinationales mais aussi d’institutions publiques.
par Fabrice Arfi, Antton Rouget, Tomas Madlenak et Lukas Diko (ICJK)
Journal
Le procès des attentats du 13-Novembre
Le procès des attentats du 13-Novembre a débuté mercredi 8 septembre à Paris. Durant neuf mois, vingt accusés vont devoir répondre du rôle qu’ils ont joué dans cette tuerie de masse. Retrouvez ici tous nos articles, reportages, enquêtes et entretiens, et les chroniques de sept victimes des attentats.
par La rédaction de Mediapart
Journal
En Pologne, Roumanie et Hongrie, le parcours du combattant des Ukrainiennes pour accéder à une IVG
Comme aux États-Unis, l’accès à l’avortement est compliqué, voire interdit en Pologne, mais aussi en Roumanie et en Hongrie. Ces pays frontaliers de l’Ukraine hébergent plusieurs centaines de milliers de réfugiées de guerre ukrainiennes sur leur sol, qui n’ont parfois pas d’autre choix que d’avorter dans un autre pays. 
par Helene Bienvenu et Marine Leduc

La sélection du Club

Billet de blog
Frontières intérieures, morts en série et illégalités
Chacun des garçons qui s'est noyé après avoir voulu passer la frontière à la nage ou d’une autre manière dangereuse, a fait l’objet de plusieurs refoulements. Leurs camarades en témoignent.
par marie cosnay
Billet de blog
Exilés morts en Méditerranée : Frontex complice d’un crime contre l’humanité
Par son adhésion aux accords de Schengen, la Suisse soutient l'agence Frontex qui interdit l'accès des pays de l'UE aux personnes en situation d'exil. Par référendum, les Helvètes doivent se prononcer le 15 mai prochain sur une forte augmentation de la contribution de la Confédération à une agence complice d'un crime contre l'humanité à l'égard des exilé-es.
par Claude Calame
Billet de blog
Pays basque : le corps d’un migrant retrouvé dans le fleuve frontière
Le corps d’un jeune migrant d’origine subsaharienne a été retrouvé samedi matin dans la Bidassoa, le fleuve séparant l’Espagne et la France, ont annoncé les autorités espagnoles et les pompiers français des Pyrénées-Atlantiques.
par Roland RICHA
Billet de blog
Melilla : violences aux frontières de l'Europe, de plus en plus inhumaines
C'était il y a deux jours et le comportement inhumain des autorités européennes aux portes de l'Europe reste dans beaucoup de médias passé sous silence. Vendredi 24 juin plus de 2000 personnes ont essayé de franchir les murs de Melilla, enclave espagnole au Maroc, des dizaines de personnes ont perdu la vie, tuées par les autorités ou laissées, agonisantes, mourir aux suites de leurs blessures.
par Clementine Seraut