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Billet de blog 13 févr. 2022

Pourquoi je suis féministe avant d'être anti-capitaliste

Il y a quelque temps, j'ai relu le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels. Ce qui m'a frappé lors de cette relecture est qu'il est pensé et réfléchi pour les hommes. Je ne dis pas qu'il est totalement excluant et que les problématiques (au combien encores actuelles) ne sont pas pertinentes pour les femmes, mais elles ne prennent pas en compte les inégalités subit en plus par celles-ci.

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Valparaiso, Chili, 2022 © François Perdriau


Cette relecture fait également écho à un débat bien trop soulevé dans le milieu militant : être féministe ou anti-capitaliste en priorité. Les deux mouvements ne sont pas opposés, ils sont même intrinsèquement liés. De nombreux militants masculins ne comprennent pas que les militant.e.s féministes font de leur combat une priorité. Avec comme base le Manifeste de Marx et Engels et par l'appui d'autres ouvrages (et mon vécu de militante), j'essaye d'apporter quelques réponses à pourquoi je serai féministe avant d'être anti-capitaliste et pourquoi la lutte contre la société patriarcale et machiste est ma priorité.

L'Histoire comme preuve 

Dans le texte de Marx et Engels, il est écrit " l'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire des luttes de classes". C'est un fait, mais surtout pour les hommes. Pour les femmes, de toutes les sociétés jusqu'à nos jours, l'histoire s'est aussi tournée vers les luttes pour l'égalité et l'obtention de droit similaires aux hommes (ou s'en approchant). Chaque grande avancée historique pour les prolétaires a surtout été une avancée pour les hommes. De la révolution française de 1789, aux révolutions ouvrières post Seconde Guerre mondiale ou bien Mai 68. 

Lors des grandes luttes ouvrières anglaises dans l'industrie du coton près de Manchester, on se battait pour une augmentation salariale (et des meilleures conditions de travail) mais jamais les hommes n'ont inclus l'égalité salariale dans leur demande. Les différentes luttes des classes n'ont jamais été en faveur des femmes. Elles ont pourtant lutté aux côtés des hommes, sans y obtenir d'avantages similaires.La réciproque n'est d'autant pas toujours présente, lors des grèves féminines, elles n'ont été que rarement soutenus par les hommes. 

Abolition du capitalisme mais pas des inégalités de genres

Pour Marx et Engels, l'abolition du capital par les hommes entraînera la fin des inégalités. Mais la fin de la société capitaliste n'entraînera pas la fin du patriarcat. Les milieux militants, même ceux qui se pensent le plus déconstruit possible restent emplis de sexisme et de misogynie. La plupart des partis radical gauche se revendiquant anti-capitaliste sont dirigés par des hommes. Il faut une réelle déconstruction.On parle de reproduction sociale, mais ici, on pourrait théoriser sur le concept de reproduction de genre. Même le milieu militant reproduit le système patriarcal et les différenciations de genre.

La révolution et la chute du capitalisme amèneront des avancés considérables pour l'égalité, mais ne supprimera pas le sexisme intériorisé qui n'est absolument jamais remis en cause. Dernier fait en date, la manière dont le parti Communiste a traité les plaintes pour harcèlements et agressions sexuelles au sein de son parti. Le parti Communiste français a préféré cacher les faits et ne pas exclure directement les membres concernés. Les hommes se protègent entre eux même chez les militants.

La double aliénation 

Les femmes ne sont pas des prolétaires comme les autres. Elles sont plus précaires et subissent plus de discriminations que les hommes à l'embauche et sur les lieux de travail. Le capitalisme traite différemment les femmes : elles sont vues avant tout comme des mères ou des futurs mères. Elles accumulent les aliénations aux travails et chez elles. Les femmes s'occupent toujours plus du foyer et c'est sans compter leur charge mentale. Cela s'accentue si elles sont en relations hétérosexuelles et encore plus si elles ont des enfants. Leur lutte des classes, leur lutte contre le capitalisme se fait donc sur des thématiques bien plus féministes, l'obtention de la reconnaissance du travail domestique par exemple. 

Marx ne prend pas tant en compte les inégalités de genre car il n'en a pas conscience. Il faut d'abord détruire le sexisme ordinaire, déconstruire les préjugés, combattre les inégalités car même le milieu militant est gangréné par le patriarcat. 

Le féminisme anticapitaliste est le futur

Le capitalisme est profondément patriarcal, il opprime donc deux fois plus les femmes. Le capitalisme a trouvé une nouvelle parade pour se donner un aspect féministe : ces femmes féministes qui nous font croire qu'être patronne, dirigeante de grande entreprise est une avancée pour TOUTES les femmes. (Sheryl Sandberg, cet exemple parfait). C'est faux. C'est une avancée pour 1% des femmes, mais laissant les 99% restantes sur le carreau. 

Ces femmes, en acceptant les règles et le jeu du capitalisme, sont complices de ce système economico-patriarcals et ne sont donc pas féministes (malgré tout leur bonne volonté). Elles ne sont que des faire-valoir d'un système qui n'hésitera pas à les écarter quand elles ne seront plus utiles. De plus, elles ne représentent que ces femmes blanches bourgeoises, n'ayant jamais connu la précarité. Autrement dit, elles ne représentent personne.

Le féminisme peut relever toutes les problématiques de notre temps s’il s'associent aux militant.e.s anti-racistes, écologistes, lgbtqi+. Il faut lutter contre cette idéologie dit féministe qui veux que les femmes s'imposent dans les inégalités créées par la société capitaliste. 

La lutte des classes est pensée pour les hommes par les hommes sur leurs inégalités subits. Elle n’est pas inclusive. Le mouvement anticapitaliste n'est pas un mouvement global tant le milieu est gangrené par le sexisme, le racisme et l'homophobie. Comment vouloir défendre en priorité un système qui priorise encore et toujours les hommes blancs hétéro-cis. Quand on sait qu'on ne sera pas traité de manière égalitaire et qu'un vrai travail de déconstruction n'est toujours pas institué, le féminisme restera une priorité, car c'est une question de survie pour les femmes. 

Je suis féministe anti-capitaliste, mais féministe avant tout. 

Orsinos - Clémence Rio

Sources : 
- Manifeste du Parti Communiste, Marx et Engels 
- Histoire des suffragistes radicales, Jill Lidington et Jill Norris
- Féminisme pour les 99%, Cinzia Arruza, Nancy Fraser et Tithi Bhattacharya 
https://www.liberation.fr/politiques/2019/03/13/violences-sexistes-et-sexuelles-trois-nouvelles-exclusions-au-pcf_1714769/?xtor=rss-450&utm_medium=Social&utm_source=Twitter&utm_campaign=dlvr.it 

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