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Billet de blog 7 juillet 2014

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Réponse à Brigitte Pascal sur le chômage de masse

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Si j'étais provocateur je dirais qu'il s'agit là d'un délire paranoïaque. Chacun comprend bien que les "bourgeois" ne se réunissent pas en secret pour décider d'organiser le chômage de masse. Il y a une augmentation du chômage certes; mais juste avant il y a des faillites d'entreprises qui ruinent leurs bourgeois de propriétaires. Aucun intérêt à se ruiner ni à diminuer le pouvoir d'achat des consommateurs dans votre zone de chalandise immédiate.

C'est votre explication. Chacun trouverait une explication différente en insistant ou non sur tel aspect de l'histoire et/ou de la conjoncture récente. Ce qui est bien en tout cas c'est que l'on se pose des questions sur "comment on en est arrivé là".

Je vous rejoins sur la période du début de cette dégradation: les années 70. Sans vouloir être donneur de leçons, n'oubliez pas que c'est l'époque du premier choc pétrolier où le prix du barril de pétrole a été multiplié par 4 en moins d'un an. C'est aussi le début du dérèglement monétaire international (avec l'abandon des accords de Bretton Woods) où les devises se mettent à flotter entre elles. Ces deux faits ne sont pas sans conséquences sur l'activité économique et donc sur l'emploi.

Les explications ne sont pas simples et c'est encore moins simple quand on ne veut trouver qu'une explication. L'une de mes explications favorites à cette hausse inexorable du chômage, c'est la légèreté avec laquelle on a considéré le phénomène dans ses débuts. Il semble que les pouvoirs publics et les syndicats aient considéré le fait comme une fatalité financièrement supportable. Au début oui. Et on n'a procédé qu'au  "traitement social" du chômage. A mon avis c'est une solution de facilité et une erreur majeure qui nous poursuit encore. C'est là qu'il aurait fallu une réflexion stratégique sur les tendances de l'évolution de l'économie, les secteurs en essor et ceux en déclin. Et à ce moment favoriser plutôt les actions de re-formation, de reconversion et de réinsertion. Vous allez me dire qu'on l'a fait. Oui en théorie (32 milliards pour la formation professionnelle dont une infime partie bénéficie aux chômeurs) mais pas dans les faits (tout le monde sait que l'essentiel de cet argent est gaspillé en formations bidon).

Notre situation est le résultat d'une accumulation d'erreurs stratifiées au fil du temps et dont on s'est plus ou moins accomodé. Mais un jour il arrive que les tensions sont telles qu'il y a décompensation et que finalement les digues cèdent.

L'autre grande raison à la situation actuelle, c'est évidemment la mondialisation, la quasi disparition des barrières douanières qui a eu pour conséquence de mettre directement en concurrence les salariés du sud contre ceux du nord. Sur ce point, je vous rejoins. Mais ce sont les Etats qui sont en cause in fine, pas les entreprises. Et les Etats pauvres étaient tout autant demandeurs, sinon plus, que les Etats riches. Et il faut voir que cela leur a réussi. Regardez le nombre de millionnaires en Chine aujourd'hui. Si on est d'avis qu'une telle statistique est le signe de la réussite évidemment. Là aussi manque de réflexion et de stratégie de notre part. S'arc bouter pour conserver des activités où nous ne sommes pas mondialement compétitifs ne sert finalement à rien. En revanche réfléchir sur quels sont nos atouts, nos avantages, nos spécialités, nos demaines de recherche avancés; et puis favoriser l'investissement en conséquence ainsi que la création d'entreprises dans ces domaines, c'est ce que le bon sens devait suggérer. On y arrive petit à petit. Mais avec 20 ans de retard dans la démarche et une casse sociale ahurissante. Là aussi je vous rejoins. Un dernier point dans cette "mondialisation" c'es évidemment le traité de Maastricht et la monnaie unique qui se sont révélés être un handicap supplémentaire pour notre pays. J'y reviendrai plus tard, c'est très important. Mais je crains que ce ne soit trop tard et que les effets ne s'aggravent encore. Pour terminer un mot sur le "plein emploi". Actuellement un politique du plein emploi est une expression sans signification. Mais on pourrait la réaliser derière des frontières étanches et avec un régime totalitaire. Se trouverait-il des individus majoritairement prêts à accepter une telle évolution chez nous? Un tel système, un tel régime, il en existe, il en subsiste encore un dans le monde: la Corée du Nord. A l'inverse l'un des vieux pays développés qui s'en sort plutôt bien c'est l'Allemagne. Elle a mené cette réflexion stratégique, elle s'est adaptée à une situation géoéconomique. Macroéconomiquement elle s'en sort. Mais pourtant elle ne peut éviter de la pauvreté chez elle. Il semblerait que l'ambition d'un Etat soit limitée désormais à faire en sorte qu'il y ait le moins de pauvres possible sur son territoire et non plus d'assurer le bonheur pour tous.

J'espère que mes propos ne vous choquent pas, ou pas trop.

PS initialement commentaire à votre billet mais, trop long, a exigé que j'en fasse un billet

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