Au secours, Gérard Collomb revient à Lyon !

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a annoncé ce 18 septembre sa volonté de se présenter à la mairie de Lyon en 2020. Petit tour d'horizon de la situation actuelle à Lyon et de ses chances éventuelles.

Lyonnais un jour...

Dans l'Express du 19 septembre, encore à paraître au moment où j'écris ces lignes, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a annoncé sa candidature à la mairie de Lyon en 2020. Il ajoute vouloir démissionner de son poste au gouvernement, démission qui aura vraisemblablement lieu après "la bataille des élections européennes", selon ses dires. Certaines rumeurs voyaient sa femme, Caroline Collomb se lancer dans la course à la mairie, mais ce ne sera finalement pas le cas. 

Pour le petit monde de la politique lyonnaise, le retour de celui qui avait admis quitter Lyon avec "un petit pincement de coeur" lors de son discours d'investiture est loin d'être une surprise. Pour Eliott Aubin, adjoint (PG) à la mairie du 1er Arrondissement de Lyon, il s'agit même d'une "non-info". L'attachement de l'ancien maire pour sa ville est connu, et parfois moqué. Une enquête de France 2 révélait qu'en mai dernier, 27% des visites du ministre avaient pour destination la capitale des Gaules, des déplacements parfois sans grand rapport avec ses fonctions, comme lors de l'inauguration d'un nouveau tronçon d'autoroute en mars dernier, ou sa participation à la cérémonie catholique très lyonnaise du vœu des échevins.

Gérard Collomb en compagnie de Tony Parker pour l'inauguration d'un nouveau centre de formation de sportifs à Lyon en juin 2018 © Rémi Liechti Gérard Collomb en compagnie de Tony Parker pour l'inauguration d'un nouveau centre de formation de sportifs à Lyon en juin 2018 © Rémi Liechti

 

Gérard Collomb, homme de réseaux

Gérard Collomb n'a jamais véritablement quitté Lyon. Il y a même entretenu de puissants réseaux politiques. Le ministre a fait pression sur les marcheurs, avec succès, pour s'assurer le soutien des élus locaux. Résultat, même si les députés de la ville sont tous LREM, le nouveau monde à Lyon ressemble furieusement à l'ancien. Sur les 4 circonscriptions que compte la ville, on trouve Thomas Rudigoz, conseiller municipal de Gérard Collomb en 2008, puis maire du 5ème arrondissement en 2014, élu avec le soutien de Gérard Collomb. Le député de la deuxième circonscription du Rhône, Hubert-Julien Laferrière, est également un proche du résident de la place Beauvau. Ce député nouvellement élu est l'ancien maire du 9ème arrondissement, un quartier qui a une place particulière, puisque Gérard Collomb lui-même en a été le maire entre 1995 et 2001, lorsqu'il était encore dans l'opposition. Anne Brugnera et Jean-Louis Touraine, élus des deux autres circonscriptions que compte la capitale des Gaules sont d'anciens adjoints du ministre de l'Intérieur, passés du PS à LREM en 2017. 

Cumulard invétéré, le numéro deux du gouvernement n'a pas commis l'erreur de laisser ses anciens postes de maire et de président de la Métropole de Lyon1 à la même personne. Georges Képénékian, son ancien adjoint à la culture a hérité de la mairie, et David Kimelfeld, son ex-premier adjoint et ancien secrétaire fédéral du PS du Rhône est désormais président de la métropole sous l'étiquette LREM. Ces deux fidèles de Collomb sont tout à fait méconnus des habitants de la ville, le média local Lyon Mag s'en était d'ailleurs amusé dans un reportage. Une situation bien pratique pour ne pas se faire oublier de ses anciens administrés. De plus, Gérard Collomb n'hésite pas à revenir à Lyon pour recadrer les élus indisciplinés, comme le révèle Lyon Mag.

Reportage sur la popularité de Kimelfeld et Képénékian © Lyon Mag

 

Des municipales gagnées d'avance ?

Gérard Collomb est de retour à Lyon pour récupérer la mairie, mais encore faut-il se faire élire. Quelles sont ses chances ? La ville de Lyon est connue pour être une terre centriste. C'est d'ailleurs sur ce créneau que s'est toujours positionné le ministre quand il était maire. Il a su garder discrète son appartenance au PS, une étiquette qui semble aujourd'hui anachronique à côté de son nom. Il a même réussi à se faire réélire triomphalement, avec 57% des voix au milieu de cette débâcle pour la gauche qu'on été les élections municipales de 2014. La politique brutale et sécuritaire qu'il a pratiquée en temps que Ministre de l'Intérieur a peut être fissuré cette image de "modéré" qu'il s'est bâtie, mais comme le relevait le média militant lyonnais Rebellyon , Gérard Collomb était déjà "autocrate, sécuritaire, anti-pauvres et anti-migrants" quand il était maire. Son bilan en tant que Ministre ne devrait pas peser bien lourd. 

Si Gérard Collomb a échappé à la débâcle en 2014, c'est aussi parce qu'il n'a pas été ministre sous la présidence de François Hollande. Certes, cette fois ci, la situation est différente. Mais Lyon, parfois qualifiée de "laboratoire du macronisme" reste l'une des villes où Emmanuel Macron a fait ses meilleurs scores en 2017 avec près de 85% des voix pour LREM au second tour. Il risque d'être difficile d'en déloger Gérard Collomb et ses soutiens qui y sont très bien implantés. Comparaison n'est pas raison mais Edouard Herriot, bien que ministre et président du conseil, a réussi à se faire réélire à la mairie de Lyon pendant près de 47 ans..

 

Une opposition en difficulté

Gérard Collomb a également de son côté la chance de n'avoir aucun véritable adversaire pour lui faire face.

Les Républicains, qui se disent prêts à reconquérir la ville en 2020 restent en ordre dispersé. Les dirigeants historiques et expérimentés de la fédération du Rhône, l'ancien député Philippe Cochet et le sénateur Michel Forissier, vont passer la main. Difficile d'y voir clair d'ici à 2020 alors même qu'aucun dirigeant ne semble sortir du lot 2. Il faut ajouter à cela que l'union avec l'UDI, considérée par les responsables LR lyonnais comme indispensable pour espérer remporter l'élection, n'est pas encore certaine.

La gauche elle, est divisée : le PS, totalement siphonné par LREM est sorti de Lyon mais survit en périphérie, dans les communes de Villeurbanne et Vaulx-en-Velin, pour ne citer qu'elles. Cependant, les socialistes ne semblent pas du tout en ordre de bataille pour prétendre à la mairie de Lyon. La mairie du premier arrondissement, détenue par Nathalie Perrin-Gilbert (GRAM, allié avec le PG localement) pourrait représenter une alternative. Le premier adjoint du maire, Eliott Aubin, semble être le plus à même de se présenter face à Gérard Collomb.

Le Rassemblement National reste très faible électoralement à Lyon, avec des scores dépassant rarement les 10%.

Dans l'état actuel des choses, tout semble parti pour que Gérard Collomb revienne aux manettes à Lyon. Au final, c'est peut être pour le mieux. Je n'ai aucune sympathie pour lui, bien au contraire, mais en tant que maire de la troisième ville de France, il aura toujours moins de pouvoir de nuisance qu'en tant que ministre de l'Intérieur.

 

 

 

 

1 : Depuis 2015, la Métropole de Lyon est une collectivité territoriale a statut particulier et a les compétences d'un département et d'une métropole. A partir de 2020, le conseil de la métropole sera élu au suffrage universel direct par les habitants des 59 communes de la collectivité.

2 : La figure d'Etienne Blanc a été évoquée, mais celui ci est inconnu des lyonnais et est déjà maire de la commune de Divonne-les-Bains, située dans l'Ain.

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