Chronique d'une chute annoncée

 

Sainte Blandine, martyr © Inconnu Sainte Blandine, martyr © Inconnu


















Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.

Boileau

 

Voilà quinze jours que la polémique gronde sur les réseaux sociaux et particulièrement (à ma grande stupéfaction) sur les blogs de Médiapart : le fameux clash chez Laurent Ruquier opposant l’essayiste Caroline Fourest et le chroniqueur Aymeric Caron dans l’émission tardive « On n’est pas couché ». Justement, moi, ce jour-là, ou plutôt cette nuit-là, j’étais couchée et n’ai donc pas pu la voir. Effarée par les commentaires haineux et méprisants à l’encontre de Caroline Fourest que j’ai pu lire sur les blogs de ce même Médiapart, j’ai voulu me faire ma propre opinion, en visionnant ce matin très tôt le replay de l’émission, pour ne pas risquer de m’endormir.

L’émission respecte la règle des 3 unités (lieu, temps, action) qu’impose toute pièce de théâtre digne de ce nom. Car nous sommes bien au spectacle, n’est-ce-pas ?

Unité de lieu, le décor : un plateau circulaire très design trône au milieu des gradins où est installé le public préalablement briefé par un chauffeur de salle (répétition des hourras, des huées et autres applaudissements en bonne et due forme). Pour arriver à ce plateau qui ressemble à une véritable arène, les invités doivent traverser une allée tout en verre, bordée de spots aveuglants et qui se termine par une redoutable marche invisible qui en a fait trébucher, voire chuter plus d’un. On entre ainsi plus vite dans le décor, pour le plus grand plaisir des spectateurs venus se délecter du spectacle des suppliciés. Catharsis du peuple, AVE  RUQUIER!

Unité de temps : l’émission dure 3 heures pour le téléspectateur (que seuls les insomniaques peuvent regarder jusqu’au bout) mais l’enregistrement est bien plus long (souvent dépassant les 5 heures) pour les invités.

Unité d’action, l’intrigue (appelée aussi « Clash ») : Au centre de l’assemblée, un mini et probablement très inconfortable fauteuil attend l’un des invités que les chroniqueurs, fins et redoutables limiers du PAF, vont interroger sur son actualité du moment (film, livre, album, etc.) Interrogatoire qui le plus souvent dérive sur la vie privée des invités, bien plus croustillante apparemment que le film, le livre ou l’album qui passent souvent à la trappe.

 C’est dans ce cadre que Caroline Forest fait son entrée, sorcière de Salem attendue au bûcher des inquisiteurs. Le décor est planté, l’intrigue peut commencer.

Elle vient présenter son nouveau livre : « Éloge du blasphème » mais très vite le sujet est détourné par le chroniqueur vers une affaire ancienne datant de 2013 sur un procès (l’affaire Rabiat Bentot) qu’elle aurait perdu mais qu’elle affirme avoir gagné en appel, anticipant des informations que son avocat lui aurait  transmises juste avant l’enregistrement de l’émission, victoire que conteste Aymeric Caron.

Mensonge ou ultime arme de défense (bien légitime) d’une femme acculée à la faute et qui était par ailleurs condamnée d’avance ? La fatigue (due à longueur de l’enregistrement), et le harcèlement d’un Aymeric Caron qui lui coupait sans cesse la parole ont eu raison de ses nerfs. Mensonge ? N’était-ce pas plutôt une façon, maladroite mais justifiable, de clouer le bec au « juge » Caron afin de recentrer le débat sur son livre, le sujet principal, et dont nous téléspectateurs avons été privés.

Hou ! La menteuse, je ne lui causerai plus ! dit l’un.Et l’autre de surenchérir (le lendemain) : elle a menti, je ne l’inviterai plus à ONPC !

Tant de vacarme pour si peu ! C’est pathétique.

Pour le mensonge, laissons donc les vrais juges en décider puisque l’affaire est en cours (et au passage respecter la présomption d’innocence !)

En attendant, moi, je cours acheter son livre dont j’ai bien aimé l’accroche sur la couverture que je livre ici à tous ceux qui ont participé à cette pitoyable curée et qui apparemment ne l’ont pas lu, ou mal lu :

Ceux qui pensent que la lâcheté permet d’éviter la guerre se trompent. La guerre a déjà commencé. Seul le courage peut ramener la paix.

Rideau !

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