#04 Chez LREM, la Françafrique n’est pas un gros mot : le cas de la Mauritanie

LREM a repris les habitudes néo-coloniales des heures les plus sombres de la Françafrique. Dans les rangs de la majorité, un seul objectif : faire fructifier ses intérêts personnels en prétextant des rencontres nécessaires dans le cadre de la fonction. La Mauritanie illustre bien cette nouvelle tendance néo-colonialiste de la majorité ... .

Chez LREM, la Françafrique n’est pas un gros mot : le cas de la Mauritanie.

 MACRON le théorise et l’expose à longueur de journée. Sa politique est celle du nouveau monde. Il a beau jurer les grands dieux que le passé c’est fini, que les méthodes ont changé, qu’aujourd’hui tout est « légal » et transparent, force est de constater que « chassez le naturel, il revient au galop » pour la politique France-Afrique. Et oui, la Mauritanie est la nouvelle vache à lait de ce monde 2.0.

Comme toujours avec les hommes politiques, il y a la face immergée de l’iceberg qui brille de mille feux, et tout le reste…

Le GLAM, Groupe de liaison des amis de la Mauritanie en est un exemple caractéristique.

Officiellement, le site de la Glam nous explique que sa raison d’être est de développer des relations d’amitié entre l’Europe et la Mauritanie, de faciliter et renforcer les liens économiques, politiques, culturels, cultuels et intellectuels entre la France et la Mauritanie, mais aussi procéder à la diffusion ainsi qu’a à l’actualisation des connaissances relatives à la Mauritanie. 

Peu de choses à reprocher n’est-ce pas ?

 Les choses se gâtent un peu quand on jette un œil à la page Glam journal. On découvre un article sur le Lancement de la candidature de Mohamed Ould GHAZOUANI vendredi 1er mars 2019 illustré par une vidéo de l’intervention de ce dernier… et rien sur les autres candidats. Ou est l’équité et la neutralité ? Ce groupe serait-il pro-AZIZ ? A l’instar des méthodes du passé, son objectif est de faire du lobbying ?  

 Cette zone trouble le devient encore davantage en examinant les membres du bureau. Connus et reconnus pour la plupart pour leur expérience, quelques noms font sourire jaune… Notons ainsi la présence du juge BRUGUIERE dont « l’influence » n’est plus à prouver...et de Mme Amélia LAKRAFI. Ce nom ne vous dit probablement rien, c’est normal. « Discrète et peu connue du grand public » comme la présente le site Jeune Afrique, la députée LREM de la 10ème circonscription des Français de l’étranger revendique cette discrétion que ses proches confirment… Un peu trop bruyamment d’ailleurs. Pourquoi tient-elle à rester en dehors du champ des caméras ? Pourquoi masque-t-elle ça ? Comme l’explique là encore le site Jeune Afrique dans l’article brossant son portrait, elle est pourtant très active sur le terrain au Moyen Orient et en Afrique, notamment en Mauritanie

La surveillance, un business (très) lucratif 

Y aurait-il un lien avec son passé ? Il y a deux ans, la franco-marocaine vendait des programmes de cybersécurité au Moyen-Orient, par le biais de sa société Azguard dont elle est la cofondatrice. Spécialisée dans le conseil et la formation en cybersécurité, c’est clairement un business très lucratif et un gisement qui n’est pas près de s’éteindre, tant les investissements dans la cybersécurité sont en très forte progression de mois en mois tant la demande est forte.

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Elle a commencé à s’intéresser à la Mauritanie lorsqu’elle s’est “rapprochée” de M. Jemal TALEB, alors ambassadeur itinérant du régime AZIZ. La encore, ce nom ne vous évoque peut-être pas grand-chose, mais c’est un sulfureux personnage aux activités peu transparentes. Il a notamment été soupçonné de détournement de fond à la Somelec (Société Mauritanienne de l’Electricité) comme nous en informe cet article de Mondafrique. Menacé de poursuite et d’emprisonnement, ce job tombait à pic pour lui !

La encore, bien évidemment, cela est totalement différent des relations avec les conseillers Afrique de l’Elysée comme les ont entretenues M. FOCCART et ses successeurs aux heures les plus noires de la Françafrique. Quoique…

Mme LAKRAFI et M. TALEB se sont ainsi “rapprochés” au point d’être décrits comme intimes. Les réseaux de l’un ont offert une visibilité forte de l’autre auprès des cercles de pouvoir mauritaniens.  Les intérêts économiques de Mme LAKRAFI étaient évidents puisque « bizarrement » cette idylle a démarré à l’époque où la Mauritanie était en train de marchander l’achat d’un malware pour surveiller sa population. Leur complicité est visible aux yeux de leurs interlocuteurs. En user sans en abuser, joindre l’utile à l’agréable comme dit le proverbe, quoi de plus efficace?  

Elle s’est rendue plusieurs fois à Nouakchott, la capitale pour officiellement, mener une « mission d’étude sur la sécurité au Sahel ». Sauf qu’il est impossible de le vérifier, son ordre de mission étant introuvable…

Devenu députée en France, elle est la principale organisatrice du colloque grandiose à la gloire du président AZIZ qui s’est tenu en 2017 à l’Assemblée Nationale. D’aucuns ironisent même sur le fait qu’elle aurait elle-même envoyé personnellement les cartons d’invitation. Quel dévouement… qui devenait certainement un peu trop visible puisque des rumeurs circulent sur sa prise de distance avec M. TALEB… ouvrant un champ inépuisables d’interprétations… 

 

Mme Amélia Lakrafi, admiratrice des dictateurs 

 

Chez LREM, elle passe pour être une fan inconditionnelle du prince héritier saoudien Mohamed BEN SALMAN, autre personnage sulfureux s’il en est. Elle est également vice-présidente du groupe d’amitié avec le Congo du très démocrate président SASSOU. 

Pourquoi porte-t-elle autant d’intérêt aux autocrates africains ? Quelle contradiction entre la « républicaine jusqu’au bout des ongles » telle qu’elle se présente et les crimes des pays pour lesquels elle fait du lobbying !

Mme LAKRAFI est peu présente à l’Assemblée Nationale. Elle préfère être en déplacements pour « porter la parole de la France ». Sauf que cette dernière a de sacré biais ! On ne l’a jamais entendu évoquer le Yemen, par exemple, lors de ses déplacements en Arabie Saoudite…

Pourquoi se déplace-t-elle également régulièrement dans des pays qui ne sont pas rattachés à sa circonscription ? Qu’est-ce qui justifie un tel engouement ?

 Mélange des genres? Il y aurait assurément un beau conflit d’intérêt que je n’oserai pas soulever. Par contre, il est certain que son réseau est devenu en deux ans aussi tentaculaire qu’une pieuvre, cela personne ne peut le nier.

Personnage fascinant, elle est, après Benalla, un symbole des relations Françafrique de l’ère LREM. Officiellement propres et officieusement… dans la continuité du passé. Mais dans le nouveau monde, la Françafrique n’est pas un gros mot.

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