#02 MAURITANIE: LE MATCH DE LA HONTE

Nouakchott est en état de siège. Les manifestants accusent la commission électorale d'avoir faussé les résultats. Le régime déploie l'armée en renfort d'une police déjà déchaînée sur la population. Internet a été coupé. Pendant ce temps là, Mohamed Ould Abdel Aziz est en déplacement officiel pour voir la Mauritanie affronter le Mali.

EPISODE 1. Mauritanie : le match de la honte

 Lundi 24 juin, le président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz était en Égypte. Il assistait au match de la CAN qui opposait la Mauritanie au Mali. 

Mais avant de quitter le territoire, il aurait demandé à son dauphin d’annoncer les résultats plus tôt que prévu. 

 Une annonce qui fait grincer les dents de l’opposition 

L’annonce, faite au petit matin, au lendemain des élections alors que moins de 80% des bulletins avaient été dépouillés et que le comptage - discutable - donnait un très courte majorité à Ghazouani, le dauphin de Aziz, a fait gronder l’opposition. Elle fera front commun contre le pouvoir en place face à ce déni de démocratie. 

 Dans la soirée, la Commission électorale « indépendante » confirme les résultats annoncés: Ghazouani est élu dès le premier tour. Rentrez chez vous. 

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L’opposition gronde encore: elle accuse la commission de ne pas faire son travail. Rapidement, des preuves évidentes de triches généralisées font surface sur les réseaux sociaux. 

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 À Suez, la Mauritanie concède un premier but sous les yeux de Aziz. 

 

Les Mauritaniens, trahis par leurs élites, craignent une guerre civile. Des milliers de gens ont déjà de la peine à survivre au jour le jour. Une guerre viendrait porter un coup fatal aux espoirs de changement. Sur les réseaux sociaux, les groupes réunissant des mauritaniens commencent à s’activer plus que d’habitude. Des graphiques montrent le candidat Abeïd en tête du scrutin. C’est supposément le vrai résultat que la CENI a refusé de poster. 

 

Les candidats de l’opposition ont appelé à une marche de protestation. Mais après une courte nuit cadencée par des affrontements, la marche a été annulée. 

 

À Suez, la Mauritanie encaisse son deuxième but.

Nouakchott en état de siège: la police se lâche. 

Les parallèles avec le Soudan commencent à se profiler. Des photos et des vidéos montrent une file de pick-ups de l’armée, équipés de mitrailleuses. Les images font froid dans le dos. Nouakchott est en état de siège.  Dans les rues, les gens sont frappés au sol par les policiers.

Nouakchott en état de siège Nouakchott en état de siège
 

 La police organise des descentes dans les QG de certains candidats de l’opposition, dont Kane Baba et Biram Abeïd. Des militants sont arrêtés, battus, embarqués dans des voitures de police, et placés en détention. Il ne fait aucun doute que ces citoyens, illégalement arrêtés, vont subir des actes de torture. 

 Des vidéos d’hommes gisant sur le sol, inconscients, commencent à tourner sur les réseaux. Les premiers bilans provisoires de la journée font état de 2 morts et des centaines de blessés. Dès que les premières vidéos ont commencé à faire surface, le régime a coupé Internet. Une manœuvre qui montre une certaine panique et mauvaise gouvernance. 

À Suez, la Mauritanie encaisse son troisième but.  

La passivité de la communauté internationale

Malgré les appels d’activistes sur place et de certains candidats de l’opposition, la communauté internationale ne s’intéresse pas à la Mauritanie. 

L’Union Européenne a publié un communiqué officiel par le biais de sa porte--parole. Elle a salué « un scrutin qui s’est tenu dans une atmosphère pacifique et dans des conditions satisfaisantes ».  

 Le Figaro consacre un portrait au vainqueur dans la plus pure tradition de la Françafrique, où les rédactions parisiennes consacrent une mascarade de démocratie qui leur permet de continuer à fermer les yeux.(1) 

À Suez, la Mauritanie encaisse son quatrième but.
A Paris, on manifeste devant l’ambassade de Mauritanie, mais la France, comme l’UE, restent silencieuses.(2) Comme à chaque fois avec la françafrique, ce silence cache des conflits d'intérêts d'intérêts multiples, où l’on retrouve, pêle mêle, politiciens, businessmen et avocats véreux. Ce silence doit cesser, car il va mener à la mort un pays et de son peuple.

 

À Suez, la Mauritanie essuie une défaite écrasante. C’est le coup de sifflet final: Aziz se lève et applaudit.

 

X. Ould.  

 

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