Lettre ouverte à M. Alpha Condé, chef de l'Etat guinéen

Monsieur le chef de l'Etat,

Considérant que la gravité de la situation qui prévaut dans notre pays a atteint son paroxysme, je me permets en tant que citoyen libre de vous interpeller. En effet, comme je ne suis pas habitué à dissimiler mon intime conviction, je me donne le droit de vous interpeller avec mes termes. Je m'excuse d'avance pour mes mots qui vont probablement vous choquer, mais je suis obligé de vous dire ce que je pense.

Monsieur le chef de l'Etat, je vous accuse...

Je vous accuse d'être le premier et le principal acteur du malheur que vivent nos concitoyens. Depuis votre désignation à la tête de notre pays, nos concitoyens vivent de plus en plus dans la pauvreté et dans l'insécurité. Alors que notre pays n'avait jamais connu autant d'entrée d'argent auparavant. Mais qu'est-ce que cela a changé dans le quotidien de nos concitoyens si ce n'est l'accroissement de la précarité ? Rien. Absolument rien.

Monsieur le chef de l'Etat, je vous accuse d'avoir manqué de courage, de volonté politique et de responsabilité !

Oui, vous avez manqué de courage, de volonté politique et de responsabilité ! Depuis des décennies, vous prétendez être l'opposant historique des dictatures que notre pays a connues. D'après vous, c'est pour instaurer la démocratie dans notre pays, donc, favoriser l'organisation d'élections libres et transparentes et exiger l'alternance au pouvoir. Cependant, je suis obligé de vous dire que vous n'avez pas été réellement un opposant. Parce qu'un opposant politique doit-être sur le terrain pour combattre le pouvoir qu'il estime être dictatorial. Mais vous n'avez jamais vécu une année complète en Guinée si ce n'est quand vous aviez été emprisonné par le régime du général Lansana Conté. Egalement, il convient de vous rappeler que vous n'étiez présent en Guinée qu'à l'occasion des élections présidentielles.

Si c'est vrai que vous aviez combattu le régime de Sékou Touré, pourquoi, aviez-vous dit que vous prendrez la Guinée là où celui-là l'avait laissée ? Et si vous aviez combattu le régime de Lansana Conté, pourquoi avez-vous choisi de travailler avec les dignitaires du même régime ? N'est-ce pas un manque de cohérence, de courage et de conviction politique ?

Monsieur le chef de l'Etat,

Pendant que vous disiez être opposant, vous dénonciez les mascarades électorales organisées et les violations des droits de l'homme perpétrés par le régime de Lansana Conté. En effet, une large majorité de mes concitoyens et moi, avons le regret de constater que toutes les élections (les législatives de 2013, la présidentielle de 2015 et les communales de 2018) qui ont été organisées par votre régime, sont toutes entachées de fraudes. En même temps, vous réprimez aujourd'hui, des gens qui ne réclament que le respect de leur suffrage. Quel revirement ! Mais rien d'étonnant quand on sait la façon dont vous êtes arrivés au pouvoir en 2010 ! Par conséquent, je suis obligé de vous dire que vous avez le même ADN que Lansana Conté sur ce plan-là.

Monsieur le chef de l'Etat,

Les mêmes crimes perpétrés sous les différents régimes que notre pays a connus, sont aujourd'hui perpétrés par votre régime. Ils sont à chaque fois commis par les forces de l'ordre dont vous êtes le premier responsable comme le prévoit la Constitution, lors des manifestations politiques qui sont pourtant garanties par la même Constitution de la République, alors que ces forces de l'ordre sont censées protéger les citoyens. Et ces crimes sont des crimes ciblés en fonction des appartenances politique et ethnique supposées ou réelles des victimes. Oui, ils sont ciblés parce qu'ils sont commis dans des endroits supposés être les " fiefs " de votre principal opposant. D'ailleurs, une vidéo dans laquelle, un officier (colonel) de la gendarmerie fait un reproche à un gendarme pour avoir utilisé le gaz lacrymogène lors de la manifestation qui a eu lieu à Kaloum, en lui disant qu'ils ne sont pas sur l'Axe (endroit habité principalement par des militants de l'UFDG), en fait foi sur le caractère ciblé des tueries.

Monsieur le chef de l'Etat, je vous accuse...

Je vous accuse d'être le premier et le principal responsable de la déchirure du tissu social de notre pays. Pour justifier le fondement de mon accusation, je vous rappelle les faits. En effet, commençons par le début : lors de la campagne électorale de la présidentielle de 1993, vous aviez dit, je cite : " Tout Malinké qui vote pour Lansana Conté est un bâtard ". Et en 2010 lors de la campagne électorale de l'entre-deux-tours, vous et vos alliés, vous aviez monté de toute pièce la fameuse affaire de l' " eau empoisonnée " qui consistait à dire que le groupe social (les Peuls) auquel appartient votre challenger du deuxième tour, avait empoisonné vos militants via de l'eau. Les conséquences de cette affaire étaient : la chasse aux sorcières, le vandalisme et le pillage des biens de personnes habitant dans l'un de vos supposés fiefs politiques en l'occurrence Siguiri. Le seul tort de ces victimes est d'être du même groupe social que votre challenger ! Quel honteux plan machiavélique !

Monsieur le chef de l'Etat,

Il convient également de vous rappeler les différents assassinats de nos concitoyens en Guinée Forestière, à Boké, et ailleurs dont le seul crime est d'avoir réclamé leurs droits, c'est-à-dire leurs droits à l'emploi, à des services publics et aux besoins primaires.

Monsieur le chef de l'Etat,

Depuis votre arrivée au pouvoir, vous et vos proches (ministres, directeurs, amis, etc.), vous ne faites que vous enrichir illicitement sur le dos des Guinéens et au grand dam de ces derniers. Les Guinéens n'ont aucune université, aucun hôpital, aucune infrastructure routière, digne de nom. Les jeunes n'ont pratiquement aucune perspective d'avenir dans notre pays d'où leur motivation à prendre le chemin de l'immigration clandestine et au risque et péril de leur vie.

Monsieur le chef de l'Etat,

Vous disiez être le Mandela guinéen. Mais connaissant Mandela le vrai, je trouve cette affirmation prétentieuse et insultante. Ne devient pas Mandela toute personne qui a fait la prison ! Pour être Mandela, il faut être un homme de caractère, juste et soucieux du bien-être de ses concitoyens. Et même si vous aviez l'intention de devenir le Mandela guinéen, alors c'est raté.

Monsieur le chef de l'Etat,

Vous aviez dit que votre malchance est d'avoir perdu votre jeune frère parce que c'est lui qui connaissait les cadres guinéens et que vous, vous ne les connaissiez pas. Alors, permettez-moi de vous dire que la malchance que la Guinée a eue c'est de vous avoir comme chef de l'Etat. Parce que votre gestion du pays ressemble fort malheureusement à l'attitude d'un élève ou d'un étudiant qui a raté sa première session d'examen, c'est-à-dire qui ne cherche qu'à réussir sa deuxième session ! Car tout ce qui vous intéresse, c'est le bradage des richesses du pays !

Monsieur le chef de l'Etat,

Votre deuxième et dernier " mandat " arrivera à son terme en 2020, jusqu'à ce jour, vous continuez à nourrir et à entretenir le doute, mais je vais dire une chose : si vous voulez que les Guinéens et le reste du monde retiennent au moins quelque de positif de vous, je vous recommande de partir à la fin de votre " mandat ". A défaut, vous risquez de subir le même sort que d'autres chefs d'Etats africains tels Blaise Compaoré et autres ! Car les Guinéens n'accepteront pas de tout recommencer en terme d'acquis démocratiques. Donc, n'écoutez pas cette élite mafieuse qui tourne au tour de vous et qui vous pousse à faire la plus grande et grave bêtise politique que vous aurez commise !

Monsieur le chef de l'Etat,

Pour terminer, je conseille d'arrêter ce machiavélisme à outrance qui consiste à diviser pour mieux régner. Parce que même si vous réussissez à diviser les Guinéens, sachez que vous ne réussirez pas à régner comme vous le souhaitez ! Donc, arrêtez cette stigmatisation, ce mépris, et surtout ces assassinats ciblés à l'endroit de citoyens que vous considérez de cette zone. Si vous n'arrêtez pas, sachez que non seulement que si vous êtes croyant, vous répondrez de vos actes devant l'Unique le jour où il n'y aura de roi que Lui mais aussi, l'histoire risque de vous rattraper un jour. Mais aussi, vous répondrez devant l'histoire !

" La patrie ou la mort, nous vaincrons " Thomas Sankara

BAH Oumar Rafiou

Citoyen libre

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