Reconstruire la République

Manuel Valls a appelé vendredi soir (27novembre) à "reconstruire une grande partie de la République". Intention louable. Prise de conscience du malaise, de la tension qui monte ?

La République version Valls, on n’en veut plus ! C’est la même que celle de Sarkozy.

C’est la République du : Je suis  l’élite, JE commande, VOUS obéissez.

C’est la République du : Je suis un économiste libéral parce que mon Maître financier anglo-saxon le veut. Que la France soit devenue un désert industriel où s’organise l’esclavage par la raréfaction de l’emploi, peu importe puisque les banques prospèrent. Elles décident, et ce sont les marchés financiers et leurs agences de rating qui commandent à un Etat sous contrainte dont la fonction reste surtout d’assurer « l’ordre ». La condition première de l’investissement est la stabilité politique.

C’est la République du : Je suis LE pouvoir, je crois dans les vertus du renseignement policier et des coups de matraque. Ah !... la police militarisée et l’esprit de corps ! Quel sentiment de puissance !

C’est la République du : Je détecte les voix subversives. Je les écoute et je les neutralise… La forme moderne de la Stasi.

C’est la République du : Je mène la politique que je veux, sans jamais rendre de comptes. La politique étrangère ? Ce n’est pas l’affaire du peuple !... La Justice, la défense et la sécurité intérieure ? Secret défense !... La politique sociale ? Serrage de ceinture ! Bruxelles l’exige… « la gouvernance de l’Europe est une parodie » dixit Yanis Varoufakis,… L’éducation ? M’en fous, mes enfants sont à l’école privée dans les quartiers chics de Paris !... La politique économique ? Assurer des rendements de 20 % aux actionnaires !... L’environnement ? Fais pas chier avec ces conneries, et si tu mouftes tu rejoins Rémi Fraisse !...

La devise de la République « Liberté, Egalité, Fraternité » est une lumière éteinte, un idéal auquel plus personne ne croit. La Nation se délite car le vivre ensemble s’étiole  dans un cadre mental étriqué, sous surveillance policière et paupérisé par la mondialisation des riches.

La République est morte, écrasée au début des années 80 (époque Mitterrand) sous le rouleau compresseur de la finance anglo-saxonne et l’idéologie individualiste du capitalisme libéral. La classe politique française a appris à s’incliner devant le pouvoir occulte des gestionnaires des fonds de pension américains, et Bercy a soumis l’administration à une nouvelle orthodoxie budgétaire. La politique française se fait désormais à Washington (arrêtons le nombrilisme, Londres et Berlin obéissent aussi). La République n’est plus qu’une incantation pour des types comme Valls qui croient tenir une Nation au creux de leur main. Et ce n’est pas un Valls, valet du système, chef de clan qui joue les solides entouré de porte-flingues, qui sera en mesure de présenter le projet d’une République réformée. Question d’envergure !

Que des hommes politiques (Copé et autres nervis du capital …) aient l’outrecuidance de justifier auprès des français qui les élisent les écarts de revenus galactiques entre les hommes en raison de leur utilité sociale est insupportable.  Est-ce cela faire société ?

Faire société, c’est être visionnaire, c’est avoir des idéaux nobles et que l’on ne renie pas, c’est emporter l’adhésion par l’exemplarité, c’est écouter et débattre ensemble du bien commun.  Aucun des partis de pouvoir n’est en mesure aujourd’hui de relever le défi. Trop d’avantages acquis et indiscutables, trop de baronnies, de clientélisme et de corruption, trop d’inégalités et de passe-droits, trop de certitudes condescendantes, trop de rentes de situation, trop de sécurité pour les uns quand les autres survivent.

Et puisque le monde entier nous regarde croit-on, nombre des alliances systémiques et institutions auxquelles a adhéré la France ont fini par pervertir son âme. Loin d’être des amplificateurs de puissance, l’OTAN, l’UE, l’Euro sont des éteignoirs de sa souveraineté et de sa voix. Sans nécessairement en sortir, il convient de redéfinir tous les liens que nous avons avec ces institutions. Il convient de reconquérir notre libre arbitre, et de retrouver notre indépendance de choix et d’action.

J’aime la France et les français.  J’aime la finesse des joutes intellectuelles qui font l’esprit français. J’aime la noblesse du cœur français, j’aime l’âme chevaleresque dont l’Histoire de France est imprégnée. La France ne doit pas se résigner à être à genoux devant le modèle délirant de la finance débridée, pas plus que devant la barbarie, qu’elle soit occidentale ou djihadiste.

Reconstruire la République, c’est remettre l’argent à sa juste place, c’est restaurer l’éthique publique, c’est redessiner un chemin pour la France, pour nos enfants, c’est redéfinir les règles du jeu en soustrayant le pouvoir à la confiscation des partis, du fonctionnariat et des lobbies. L’honneur de la France, c’est de renoncer à laisser le casino planétaire du capitalisme prédateur devenir le théâtre d’un bain de sang et  du déchaînement de l’atome. L’homme occidental se croit éternel. La génération qui paiera sa folie est peut-être déjà née. 

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