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Billet de blog 13 févr. 2012

Sifflons ensemble

Ousmane Timera
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce texte participe d’un ensemble d’écrits que nous comptons prochainement publier. Il fut écrit en Mars 2010. Mais son contenu reste, selon nous, deux ans plus tard, malheureusement d’actualité.  Vos commentaires et critiques encourageants et/ou acerbes, mais en tous les cas, je l’espère, objectifs, seront d’une manière ou d’une autre, à n’en  point douter, utiles quant à la poursuite et l'amélioration de mes  réflexions. Et de cela, je vous suis chaleureusement reconnaissant.

Sifflons ensemble   

Il y aurait, paraît-il, un «communautarisme» qui saperait les bases de la République. La France, à entendre certain, croulerait sous les coups féroces de revendications catégorielles (et barbares) qui remettraient en question, et son idéal de liberté, d'égalité et de fraternité, et son principe de laïcité. Le ciel à les en croire serait sur le point de tomber sur la tête de notre irréductible et  «toutatisienne » Gaule «franchouillarde».

Intronisons chauvin et décoiffons De-gaulle. Boire grace et entre les pattes du coq, tout en le fustigeant, comme le dit le proverbe soninké, est là la seule force du lézard. Triste moment, où la chute adhérant toujours à  l'apogée, devient comble quand la «moutonisation» sociétale et la « crétinologie » deviennent des politiques assumées.

 être, il faut savoir montrer “patte blanche”. Mêmes les vierges effarouchées peuvent avoir, en effet, de ces moments d'égarement, qui les feront chanter «l'hymen national» de leur dignité d'antan, venduà vil prix. On peut crier au loup et lui aiguiser ses canines. Tant que crocs et griffes s'abattent sur autrui, tant que les derniers venus reste les premiers asservis,tout va bien. C'est cela ,aujourd'hui, faire politique: miauler et aboyer; caresser et matraquer.

La France chante faux. Et de plus enplus bruyamment depuis ces trente dernières années. La France «dèrap» et «dèraï» et cela, malheureusement, s'entend douloureusement. C'est qu'il y aurait comme quelque chose de pourri dans ce royaume de «water-gâteux» où l'on cache et distrait de l'essentiel en criant plus fort le superficiel. Or la marseillaise ne fait ici qu'entendre siffler sa décadence. On la siffle parce qu'elle n'est plus le chant qui éveillaitpeuples et nations. Mais l'opium qui l'endort sur un tas d'injustices sociales, économiques et politiques; un tas d'incohérence entre principes et actes.Alors oui nous sifflons! Oui, par ce rappel au devoir de cohérence nous redonnerons du rythme à cet hymne et la rendrons ànouveau audible parce que non hypocrites, en poussant à la saine application de son esprit, dans les faits. Avec nos nuances culturelles, armés des principes qui nous sont communs, et que toutes les traditions religieuses et humanistes (et même et surtout l'islam, n'en deplaise à certains) partagent, nous redonnerons harmonie à cette voix et sens à notre voie, notre avenir commun. Mais sommes nous et serons nous entendus?

Moise disait à Pharaon «libère le peuple»! Et ce dernier de propager dans le pays: «ils veulent prendre le pouvoir et vous chasser de votre terre (en gros ils volent votre pouvoir d'achat et vos emplois!!!)». Moise et son frère disait: «il n'y a qu'un Dieu, tous les hommes sont donc libres et égaux.». Pharaon de répondre «nous t'avons élevé et nourrit parmi nous (t'as pris les allocs quoi!). Et puis tu as commis le crime que tu as commis...et tu n'es qu'un ingrat ( grosso modo, t'es un délinquant)». Moise disait: «ne t'érige pas en dieu, ne corrompt pas la terre, ne divise pas les hommes en catégories, ne les oppose pas. N'avilit pas une partie du peuple auprofit d'une autre, ne lui enlèvepas sa vie entuant sa virilité (délit de faciès, contrôles, bavures enbanlieue, chômage des jeunes... hommes) et en violant sa dignité (exploitation des femmes, précarité, prostitution etc.). Ses enfants ne sont pas une marchandise». Et pharaon de crier: «Ce Moise est un malpour le pays, je crains pour vous qu'il soit une plaie et qu'il cause troubles et désordres. Laissez moi lui prendre sa vie. Il faut le faire taire».

Dialogue de sourd? Non! Mais les soifs de pouvoir ont de ces obscures raisons qu'aucune conscience ne sait éclairer, ni faire entendre raison. La France serait elle atteinte du «complexe de Pharaon»? L'histoire est une scène où les rôles et costumes passent sans que ne varie d'un iota le scenario. Les acteurs changent mais l'histoire elle, reste et éclaire. Jetons un œil sur les trente dernières années et tirons en les leçons qui s'imposent.

 , fanfaronnèrent d'autresQuelques années plus tard, comment les choses ont elles évoluées? Rien. Absolument rien n'a changé. Si ce n'est aujourd'hui, des débats à n’en plus finir, qui sur la laïcité, qui sur l’identité nationale, qui sur le voile, qui sur les chômeurs et leur supposée fainéantise, mais en tous les cas, toujours en arrière fond, contre les pauvres, les immigrés, les jeunes et les musulmans.

Débats qui, savamment entretenu, vont, dans nos égarements politiques et citoyens, roder jusque dans nos cimetières pour «snifer» quelques « racines ». Et ce, afin de déranger, auprès des cadavres et symboles, braves et grands parents, et vérifier, ADN à l'appuie, leur degré de fidélité à la France. Le sang versé, la sueur donnée, le respect des lois, l'adhésion aux principes universels, rien de tout cela n'est suffisant. A chaque rappel des principes communs l'on nous renvoie à la religion, culture et/ou ethnie  particulières. Incapable de projet on s'exerce dans le rejet.

Ici aussi, comme on le voit, l'indécence est une marque de «cretinologie» politique qui, en ces temps de crise se «pandémise» sans vergogne.«Si tu n'as pas de pudeur, disait un sage, tu fais et dis ce que tu veux». De toute évidence, nos politiques et certains de nos intellectuels manquent absolument de tout, sauf d'indécence. Dans l'incapacité d'agir, à la merci des appétits de pouvoirs carnassiers et financiers (c’est aujourd’hui la même chose), agiter peurs et haines, utiliser symboles et valeurs communs à des fins et intérêts bien particuliers et retors, est le seul moyen pour la bêtise de rester aux affaires. Alors pour maintenir l'illusion: on affame pour faire aboyer; on asphyxie pour mieux stigmatiser; on attise ce que l'on dit combattre. Dans un tel contexte, les mots perdent leur sens. Les termes «laïcité», «démocratie», «droits humains» ou «république» comme auparavant le message de paix d'un Jésus, où la volonté de changement des conditions des ouvriers etopprimé d’un Karl Marx, deviennent non l'expression d'un idéal qui émancipe, mais une idéologie et un moyen de domination.

            Contradiction:

-  Entre démocratie et marché libéral: le premier étant potentiellement liberté de l'humain et le   second sa marchandisation. La restriction des mouvements des populations pauvres et la libéralisation des flux financiers en sont l'illustration la plus évidente.

-  Des principes et idéaux universels mis en  tension entre un entre soi, cru et vécu comme universels, et un vivre ensemble de fait culturellement multiple et diverse qui force à un certain relativisme quant à soi.Or mettre l'être au service de l'avoir;le savoir au service du pouvoir; l'essentiel au service du superficiel: c'est faire de l'homme un loup pour l'homme, un mouton destiné aux crocs de son inconscience. C'est ce qui permet d'enfermer l'autre dans son appartenance ethnique, religieuse et/ou sociale. C'est ce qui permet la géométrie variable de nos lois et valeurs. C'est ce qui prostitue notre pays et le vend auplus offrant. Voilà ce contre quoi il nous faut lutter au-delà des apparences, non pas seulement avec la revendication qui quémande, ni la révolte frustrée qui réagit. Mais avec la conscience qui contribue et oblige à la cohérence entre les principes et les actes.Et si la France (ou plutôt son élite) nous voit comme un problème, eh bien c'est qu'elle en a un avec elle même. Nous sommes d’ailleurs là pour l'en guérir. Nous sommes là pour lui rendre (la france) le centuple de ce qu'elle nous a donnée. Nous sommes là parce que nous sommes un don du ciel. Et comme tout don, celui-ci est une épreuve qui peut anoblir par la reconnaissance ou avilir par l'ingratitude.

Nous sommes ici et nous le resterons. Non comme larbins mais comme frères, avec ou sans leur amour, mais au moins, certainement et obligatoirement respectés.  Alors sifflons!  Sifflons même très fort. Les hommes sont nées pour être libres et égaux. Toute politique qui ne respecterai pas ce principe est à rappeler à l'ordre ou à décapiter sur le champ!  Sifflons! Non pour conspuer mais pour redonner à la marseillaise et à la France, beauté, rythme et harmonie. Nous sommes une chance, et la France, (comme le monde), doit l'entendre. Et quant à sa lourde surdité, qu'ils ne s'inquiétent pas, car nous saurons la lui faire entendre avec force et de force. Les «jours de gloire», croyez nous en capable, sont encore à venir. Car  l'avenir est à  nous.

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