Un député nationaliste, a cette semaine, fait une déclaration raciste contre un député noir de peau.
Le plus surprenant, d'emblée, c'est que cela puisse surprendre qui que ce soit.
Les politiciens nationalistes savent qu'ils sont racistes, ou, a minima, que le racisme, la xénophobie, les assignations identitaires, sont leur fond de commerce, leur recette "magique":
- chômage = les étrangers
- insécurité= les étrangers
- manque de logements = les étrangers
- manque de place dans les crèches = les étrangers
- y'a pas de frites à la cantine? = les étrangers
L'idée d'une supériorité culturelle, biologique ou morale est une bêtise qu'il est facile de contre-dire, par le savoir, la science, l'histoire, l'expérience de l'Autre.
Mais de là à la combattre politiquement...
Le spectacle d'une gauche, d'une droite, unies par l'indignation pour des valeurs républicaines bafouées par l'invective d'un député d'extrême-droite, n'est pas plus crédible que la position faussement outragée du Front National qui s'émeut qu'on le considère comme un parti raciste, qu'on aurait phagocyté les propos de son député.
L'Assemblée où ces propos ont été tenus, dans son histoire, en tant que chambre des députés, a connu de nombreux propos racistes, antisémites, des affrontements violents entre des représentants élus de la nation.
Si j'étais noir et député, et même en l'étant pas, au lieu de rentrer dans le jeu médiatique imposé par mon groupe parlementaire, j'éclairerais mon adversaire raciste, et à travers lui, l'ensemble du peuple de ma nation.
Je rappellerais à cette chambre héritière de la Révolution, qu'en 1793-94 y siégeait Jean-Baptiste Bellay, un député noir de peau, élu de Saint-Domingue à la Convention.
Saint-Domingue, qui plus tard deviendrait le premier territoire décolonisé.
Saint-Domingue où Jean-Baptiste Belley, surnommé alors Timbazé, avait organisé et participé à la révolte des esclaves dans le sillon glorieux de 1789, et qu'il siégeait dans la même chambre où siège aujourd'hui le député du Front national Grégoire de Fournas.
Je rirais de Grégoire de Fournas, dont les ancêtres, au même moment, étaient peut-être réfugiés en Angleterre, de crainte de perdre la tête, fourbissant rancune, et haine contre cette France républicaine hostile à la monarchie.
Je rappellerais à tous les députés, que c'est sur un autre bateau, négrier celui-là, que le futur citoyen Belley avait été emmené captif du Sénégal aux Antilles pour être réduit en esclavage.
Je rappellerais, pour n'épargner ni la droite, ni l'extrême-droite, que l'Homme africain est bien rentré dans l'histoire des blancs, tout autant que l'histoire de France l'a percuté de plein fouet, là-bas, en Afrique.
Je me souviendrais, qu'autrefois, cette chambre a résonné des voix aigries et mauvaises, des royalistes, des versaillais, des anti-sémites de tous poils.
Et que face à elles, elles trouvèrent de farouches adversaires, qui ne s'émouvaient pas superficiellement de telle ou telle phrase, bête, raciste, injurieuse.
Ils n'allaient pas courir les couloirs de l'Assemblée, pour faire des déclarations à la presse, non, c'est dans la chambre, par leur éloquence, par leur détermination mais aussi par leur cohérence qu'ils contre-attaquaient et terrassaient leurs ennemis ( quand cela ne finissait pas en duel...).
Les députés insoumis doivent faire imposer l'accueil immédiat de l'Ocean Vicking dans le port français le plus proche, car c'était de cela dont il était question lorsque leur député Carlos Martens Bilongo est intervenu.
Le citoyen Martens Bilongo représente la nation, il ne doit pas dévier de son objectif initial.
Il pourrait même, non sans humour, rétorquer au député raciste, qu'il accepte que cette phrase "qu'il retourne en Afrique'' ne lui était pas destinée, qu'elle concernait le bateau.
Auquel cas, il faudrait reconnaître que le port d'attache de l'Ocean Vicking n'est pas en Afrique, mais en Europe. Que si le bateau doit retourner quelque part c'est là où il a appareillé, et que si ce n'est pas possible, alors, le bateau doit être accueilli ailleurs dans l'Union Européenne.
Il faudrait reconnaître que l'Ocean Vicking n'a pas embarqué ses passagers en Afrique, qu'il n'y est pas allé, qu'il a simplement fait en mer le devoir humanitaire et légal universellement reconnu de sauver des vies en mer, devoir auquel les États européens ne se conforment pas de manière criminelle.
Voilà l'action qui aurait eu conséquence et panache. Les polémiques tuent la vie politique, elles cachent toujours les vrais enjeux du débat.
L'extrême-droite ne se combat pas à coups de polémiques, c'est son terrain de jeu, elle se combat pied à pied, en défendant jusqu'au bout les droits humains, même quand la majorité politique leur tourne le dos.