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Billet de blog 27 octobre 2022

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Lola misère psychiatrique et défaillance étatique en matière de protection sociale

"La France a peur" : ce célèbre incipit de Roger Gicquel au journal du soir de TF1 le 18 février 1976 au sujet de l'arrestation de Patrick Henry meurtrier d'un petit garçon n'a pas en près de 50 ans perdu en acuité.

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Illustration 1

L'instrumentalisation d'un fait divers sordide à des fins de "diversion" comme disait Bourdieu n'est ni une invention de la télévision, ni l'apanage de l'extrême-droite néo-pétainiste de Zemmour.

Une Algérienne auteure donc d'un francocide? On ne nous a à l'heure actuelle pas parlé de motivations racistes à ce crime sordide. On sait que la personne aurait dû faire l'objet de soins psychiatriques, mais qu'aucune structure n'était en mesure de l'accueillir.

Depuis des décennies, les professionnels de la santé mentale dénoncent les gouvernements successifs pour ne pas prendre en compte la situation d'incurie des hôpitaux psychiatriques, réputés (non sans raison) être les parents pauvres de l'hôpital public.

Or, en 50 ans, le système de santé publique, dans son ensemble, est tombé au niveau de normes qui étaient auparavant celles de pays en voie de développement. Tandis que les "super-profits" s'accumulent au sommet, burn out, suicides, rentabilité et management s'abattent sur les patients et les soignants.

Les ravages psycho-sociaux du néolibéralisme détruisent des vies, rendent les gens malades, physiquement et psychiquement. Mais pour les tenants de la potion austéritaire, la réponse lorsque saute aux yeux de "l'opinion" les conséquences sordides et bouleversantes de leurs politiques, c'est plus de fermeté face "aux monstres".

En 2008 déjà, suite à l'assassinat à Grenoble d'un étudiant par un malade échappé d'un hôpital psychiatrique, Nicolas Sarkozy avait dit à l'époque qu'il ne voulait pas "laisser les monstres en liberté", et il avait lancé le projet de la "rétention de sûreté", c'est à dire un enfermement sans avis médical ni jugement, une violation des règles fondamentales qui organisent la privation de la liberté et la distinction entre un justiciable ordinaire et un malade ayant achevé ses soins.

15 ans plus tard, le discours n'a pas changé sauf que, déçus par la pseudo-gauche, les soignants votent désormais de plus en plus pour l'extrême-droite, et les hôpitaux psychiatriques sont complètement incapables de remplir leurs missions.

Ce problème de santé publique, et de l'instrumentalisation de l'assassinat d'une enfant par une malade, auraient pu, à l'occasion du recours au 49-3 pour voter le budget de la loi de financement de la sécurité sociale, être l'occasion pour les journalistes ou les oppositions de questionner le maintien d'une vision destructrice d'un héritage "républicain" du Conseil National de la Résistance : le droit à la santé pour toutes et tous, le devoir de l’État de ne pas y défaillir.

Mais non, ça n'a semble-t-il effleuré l'esprit de personne...

Quoiqu'il en soit, les élus du RN, en bafouant la volonté de la famille des victimes, étaient bien à leur place jeudi 20 octobre, quoiqu'un peu trop éloignés géographiquement de leurs amis de Reconquête. Ils étaient dans la rue, derrière l'Assemblée Nationale à accuser l'immigration d'être la cause de ce drame, en s'apprêtant par une posture de façade, à empêcher la chute du gouvernement par le vote d'une motion de censure commune par les oppositions.

Oui, le 20 octobre l'extrême-droite était bien à sa place, comme le 6 février 1934. Mais au demeurant, on pouvait se demander où était la gauche quant à elle?

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