Témoignage d’une serveuse post-Covid

J’ai repris le travail comme serveuse le 24 mai. Un bistrot à métro Arts et Métiers. En deux jours, j’ai effectué 23h de service...

Bonjour à toutes et à tous,

Ceci est un témoignage.

J’ai repris le travail comme serveuse le 24 mai.
Un bistrot à métro Arts et Métiers.
En deux jours, j’ai effectué 23h de service.
Étant donné la pénibilité de ce poste, j’informe le responsable que je ne pouvais plus continuer.
A moins qu’ils ne me réduisent le nombre d’heures.
Il n’était pas content. 
Il était déçu. 
Il me passe une partie de ma paie.
Je cours toujours derrière le patron pour récupérer le reste.
Ce dernier, défoncé à la cocaine 24/24h, me jette sur la figure 20 euros.
Je suis partie, sans les récupérer, bien évidemment, surtout qu’il manquait encore 70 euros.
J’ai toutes les preuves pour l’attaquer devant les prud’hommes. 
Pour quatre motifs.
Ensuite, je recontacte l’agence avec laquelle je travaille depuis 2015.
Je ne sais pas si ce sont les répercussions du Covid ainsi que du confinement mais il va falloir soigner les patrons, en tous cas ceux avec qui j’ai collaboré.
Ils se plaignent de manquer de personnels, ils ne daignent pas respecter leurs employé(e)s. 
Insultes, harcèlement sexuel, travail non déclaré, heures sous payées et j’en passe.
Le patron de l’agence m’envoie à Montrouge.
On m’avait demandé de me présenter à midi, ce jour là.
Quand je commence mon service, la femme du patron me crie dessus en me disant: 
- Quand je vous demande de venir à midi, il faut venir à 11h.
J’ai cru rêver...
Je rentre chez moi.
Ensuite, il y a celui de Courbevoie qui vole ses employé(e)s.
A la fin du service, il nous demande de compter tout ce qu’on a sur nous.
Il nous demande même de lui montrer nos poches.
En fonction de ce qu’on trouve après le calcul, il nous dit combien on doit lui remettre.
Encore une fois, j’ai cru rêver.
Non seulement j’allais rentrer sans mes pourboires, mais j’avais également un trou de caisse.
Et je n’étais pas la seule.
Mon collègue du bureau de placement aussi.
Ce dernier me raconte que tous les soirs c’est pareil et que le patron volait toutes ses serveuses et ses serveurs.
J’appelle l’agence le lendemain.
Pour les en informer.
Au sujet de Montrouge, j’apprends que la femme du patron voulait, en vrai, que je parte à cause de ma jupe.
Elle était trop courte et trop serrée selon elle.
Je travaille avec cette jupe depuis 2015.
Elle m’arrive au niveau des genoux...
On voit mes genoux.
C’est tout.
On m’envoie lundi dernier chez un autre patron à Bastille.
Humour plus que cru...
J’essaye de ne pas être choquée.
Mais j’étais très mal à l’aise et cela se voyait.
Et pour finir, j’ai travaillé dans l’établissement d’un ami dans le 17ème arrondissement.
J’en suis encore sous le choc.
Je ne sais pas ce que j’ai pu faire pour mériter tout cela.
Mais le problème ne vient pas de moi.
Et il va falloir dénoncer toutes ces dérives.
J’avais effectué quelques extras dans son établissement. 
Il y a environ deux semaines, son serveur, un vieux monsieur, qui passe son temps à discuter au lieu de travailler, me dit : 
- ferme ta gueule, va te faire foutre...
Il lève les mains au moment où il crie, je me suis sentie en danger, j’ai reculé de quelques pas.
J’ai commencé à trembler.
Quand le patron, mon pseudo ami, revient, je lui raconte ce qui s’était passé et lui demande de trouver une autre personne pour me remplacer à partir du lendemain.
Finalement, je suis partie quelques minutes après, pendant le service.
Mon état ne me permettait plus de rien faire.
Et puis je ne pouvais voir ce collègue, qui est ancien gérant de cette affaire là...
Hier, mon pseudo ami a insisté pour que je fasse un extra dans son établissement.
Je lui réponds que je n’y travaillerai plus tant que mon agresseur, oui je dis bien mon agresseur est toujours là.
Il m’informe qu’il l’avait viré.
Et cette fois-ci, c’était au tour de l’ami patron de m’insulter de tous les noms...
Travail au black, harcèlement moral, harcèlement sexuel, agressions verbales et j’en passe.
Ce dernier mois a été un calvaire pour moi.
Alors, j’ai décidé officiellement d’arrêter d’exercer ce métier que j’adore.
Je vous invite tous à dénoncer tous ces patrons qui nous exploitent et nous détruisent.
Ces patrons qui « chialent » à longueur de temps alors que nous effectuons tout le travail pour eux et nous gagnons le millième de ce qu’ils gagnent.
Sans notre force de travail, ils ne sont rien.
Sans notre force de travail, le capitalisme disparaîtra.
Alors reveillez-vous et comme disait Hessel, indignez-vous  !

Ousseima Hammami 

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