Faire le portrait de •.

Faire le portrait de •.

Au commencement il y a d'un côté l'esprit et de l'autre l'âme. Puis le mélange se fait et le tout est uni. L'âme est éternelle, elle sait ce que nous sommes. Pour accéder à la connaissance il faut dissoudre l'égo, car celui-ci voile la vérité. L'égo est dans l'illusion. Cette illusion est construite dès la naissance par une perception de ce que l'on est, que la mémoire amalgame au fil du temps. Ainsi avons nous de nous même une conscience archétypale. L'apparent c'est ce que nous croyons voir, il est illusion étant le fruit de la pensée dans la mémoire et le temps, le caché tant qu'à lui est dans le mystère et il ne se livre que par la dissolution de l'apparent. L'orgueil est l'une des manifestations de l'égo. Notre origine est immatérielle et nous sommes incarné pour faire l'expérience de la chaire, et à travers elle comprendre les différents aspects d'une conscience dans les limites d'un corps, qui se construit dans le temporel. Aussi avons nous besoin du contact avec l'origine, et croire que nous pouvons nous en passer lors d'une quête intérieure, est une erreur. Dieu est l'origine et l'aboutissement, nous avons donc besoin de lui pour accéder à lui. Et c'est de l'intérieur que l'on parvient à lui, par l'âme qui se souvient et sait ce que nous sommes, l'âme est ce que nous sommes lorsque nous ne sommes plus et notre lien au Divin. Refuser ferme la porte, car sans l'hannihilation de l'égo on ne peut accéder humainement à la connaissance de l'amour Divin. Krishnamurti ne dit pas autre chose même s'il le décrit différemment. L'approche des Soufis n'est pas différente de celle des bouddhistes, quoi que ces derniers n'aient pas les mots "Dieu" ou "âme" dans leur vocabulaire. Chacun s’emploie à décrire un processus complexe en essayant d'en maintenir le mystère, car sans celui-ci nous ne pouvons pas en faire l'expérience, il faut donc une approche ésotérique pour que nous partions en quête. Tout passe par l'annihilation de l'égo, clé de l'âme, qui ouvre la porte de l'amour, définition suprême de Dieu. C'est la voie mystique. 

Mais comment se le représenter? Le nom en est le problème, car c'est par le nom que se forme l'image. J'ai besoin du nom pour m'en faire la représentation, tout simplement parce que c'est en moi depuis l'enfance, cette image est un autre archétype. Mais encore une fois le nom n'est pas l'objet. Pour savoir ce qui se cache derrière ce mot ou un autre, il faut oublier le mot, et chercher par les sens, au plus profond de soi, et ce que l'on ressent ouvre à celui que l'on cherche et auquel on ne doit pas donner de nom, car le nommer revient à le cacher. Mais pour l'expliquer il me faut le nommer, ou alors il me faut un signe, simplement gardons en notre esprit que ce n'est qu'un signe, que je dois utiliser pour expliquer, et que derrière celui-ci il y a tout autre chose. Voici le signe •.

La mystique n'est peut-être pas l'unique moyen de sentir •. Pour tenter de le démontrer je vais réfléchir en utilisant la temporalité, pour trouver en celle-ci une source de représentation immatérielle. Elle est un écho, un reflet du divin dans l'humain. Nous n'avons pas besoin de •, en ce sens que dans le quotidien il ne nous est pas nécessaire. Nous pouvons très bien vivre sans lui, et dire "ni Dieu ni maître". Créateur, père et maître, tel qu'il est décrit, tel qu'il n'est peut-être pas. Serait il juste l'exemple indépassable auquel l'âme aspire, le créateur de celle-ci vers lequel elle veut retourner, le maître qui nous enseigne, la voie mystique? Bien qu'il ne soit pas indispensable à l'homme, tôt ou tard il devient nécessaire dans son cycle évolutif. Sinon l'âme passe à côté de l'extraordinaire, car son Amour est si élevé qu'il surpasse toutes les sensations terrestres. Les grands maîtres mystiques en témoignent, il faut lire Ruzbéhan (le jasmin des fidèles d'amour), Soravardi (l'apparent et le caché) Saint-Jean de Lacroix (la nuit obscure), pour comprendre que quand ils y ont goûté ils ne peuvent plus s'en passer. Cependant et bien qu'il n'y ait pas de voie, on ne peut en faire l'expérience que par le dépouillement, franchir les 7 vallées, décrites dans "La conférence des oiseaux" du poète mystique Persan « Attar », qui conduisent à l'unité. Il faut que peu à peu tombent tous les voiles que le moi à édifier pour exister. Accepter n'être rien, connaître la fin de toute chose, la mort, pour vivre l'amour. Ceci donc pour cette voie mystique.

Peindre • est impossible, il a cent mille visages, et tous sont l'excellences du beau. Rechercher l'excellence c'est rechercher •, dans le beau, dans l'amour, dans l'harmonie, dans la joie, dans d'allégresse, pour tout le vivant. • est aveuglant, mais utiliser le blanc pour le représenter en limite l'idée. Quoi que l'on fasse est petit, on peut essayer. Pour en avoir une idée plus complète il faudrait lier l'image et le son, le résultat serait plus élevé, la musique mariée à la peinture, avec un souffle de poésie. Ceci pour l'art.

On voit • régulièrement, lorsque l'on contemple le ciel, au levé, au couché du soleil, lorsque l'on observe avec amour, des animaux, des hommes, des plantes, chaque fois que l'on ressent le beau et que le temps s'arrête, au cœur de la nature, dans la furie des éléments, il est partout. Il suffit d'être attentif, d'écouter en dehors l'écho qui vient du fond de soi, l'écho de l'âme vibrant dans le corps à l'unisson du spectacle qui s'offre à nos yeux. Cela dit pour le contemplatif. 

Mais en dehors de cet aspect qui consiste à être attentif et conscient à l'instant, il y a aussi et hélas beaucoup de souffrance qui nous en détourne, notre époque ne nous épargne pas. La temporalité, pour trouver en celle-ci une source de représentation immatérielle? Croyez vous que • veuille protéger certains d'entre nous? Non, nous sommes sur Terre pour justement nous auto-défendre, nos épreuves sont notre vie, et mourir pour l'autre est notre sacrifice. Jean Moulin et bien d'autres nous ont donnés l'exemple. Nous devons offrir nos vies pour sauver l'humanité du désastre qui de tout temps la menace. Car en toutes les époques il y a des hommes qui sont pervers et corrompus, bien qu'ils aient eux aussi une âme. • n'intervient en rien, ne juge pas, ne condamne pas, ne punit pas. C'est notre pouvoir. Il est si éloigné des sentiments humains, qu'il nous est impossible de le comprendre. Alors le peindre comme dans la Bible ou le Coran, c'est en faire un portrait à la sinistre figure. Peindre • c'est aussi cela, c'est à dire à l'inverse de ce que nous en disent les livres religieux. Si vous voulez offrir votre vie à •, que ce soit en faisant l'inverse de ce que font ceux qui se pulvérisent. Rechercher l'amour, rechercher l'harmonie, préserver la planète de tous ces prédateurs, financiers et politiques, ces dictateurs, auquels l'ego dans sa construction archétypal perturbe totalement la perception qu'ils ont d'eux même et du Monde, leur barrer la route. Tous ceux qui se sacrifient pour arrêter les bulldozers, empêcher les mines, les aéroports, les licenciements, sans le savoir s'offrent à •. Ils sont admirables, ils sont lumineux, ils ignorent qu'ils sont des saints, ils n'aimeraient pas qu'on le leur dise, mais pourtant ils sont les justes. Parce que • n'est pas ce que nous croyons qu'il est. Jésus, cet homme que bien des gens admirent, sans pour autant suivre son exemple, cet homme qui a vu •, se mettrait devant les chars, les bulldozers, il leur barrerait le chemin. Ce n'est donc pas uniquement en demeurant passif, contemplatif, qu'en nous se révèle •, mais aussi dans la lutte, une autre image de •, la lutte pour l'amour de l'humanité, • est peut-être un peu communiste. Le communisme n'est peut-être pas une idéologie mais une gnose, mais pour l'envisager comme tel, il faut l'extraire de son contexte, et n'en conserver que la quintessence qui serait la manifestation de • dans la temporalité. Ainsi le portrait de • a bien cent mille visages à l'incandescente beauté. Ceci pour tous les autres.

 

Cette démonstration veut montrer que Dieu n'est pas ce que l'on croit. Qu'il peut s'envisager de multiple façons, et qu'il n'a pas de nom. Qu'il ne faut pas croire qu'il se révèle seulement en une voie mystique. Les hommes ont démontrés au cour des siècles ses cent mille apparences. Mais à chaque fois qu'un homme à réalisé quelque chose qui dépassait les limites humaines, on en a fait un prophète ou un dieu. Pourquoi? Pour diriger, pour régner sur le monde des hommes. Ce qui importe à la parfin, c'est le partage, c'est la répartition équitable, et c'est vrai que • n'est d'aucune importance, mais il est pour ceux qui suivent une voie mystique, indispensable. À chacun de se déterminer, sans juger ni condamner, mais sachez tout de même qu'il se manifeste en nous dés que nous ressentons le besoin d'aider. Il est le "caché".

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