Pourquoi croyons nous celui qui ment?

Comment retrouver le Soi révélateur de la vérité qui hôte le masque du menteur.

C'est un mensonge de dire qu'il n'y a pas de vérité, il y en a une mais elle est masquée. On croit, nous sommes crédules, on croit à n'importe quoi et on écoute n'importe qui. Nous aimons le mensonge et nous aimons croire ceux qui nous mentent, notre cerveau est ainsi fait qu'il croira le menteur et méprisera le franc. Nous voterons pour celui qui réussi, et s'il fraude notre admiration sera encore plus grande. Pourtant nous prétendons écouter les évangiles, et nous déclarons à qui veut l'entendre que notre gourou est Jésus. S'il est un homme qui semble avoir toujours dit la vérité, il est cet homme, mais cette vérité n'est pas dans les textes, elle se découvre entre les lignes, ayant était détournée de son sens initial au profit d'un pouvoir religieux hégémonique. Pourquoi croyons nous le menteur? Parce que celui-ci utilise notre crédulité à son profit, il nous manipule. Pourquoi sommes nous manipulable? Parce que nous avons peur de la mort, entraînant celle de ne pas avoir assez d'argent pour nous loger, nous nourrir, et celle concernant nos enfants que nous voulons protéger etc... nos peurs sont si nombreuses que nous recherchons un chef, un vrai, l'homme qui nous sauvera. Nous sommes des enfants et nous cherchons le magicien providentiel, le sorcier, le maître. Nous ne sortirons pas de l'obscurantisme tant que nous aurons peur, tant que notre vie dépendra de notre banque. Cette peur est si puissante qu'elle guide tous nos actes, cette peur de disparaître, de ne plus être. Pourtant c'est quoi la vie, si ce n'est de la souffrance, qu'elle intérêt a t'elle vraiment? Accumuler des valeurs, un capital, des objets innombrables dans lesquels on se projette pour revivre le plaisir avec lequel nous oublions la souffrance? Mourir c'est juste s'éteindre et ne plus être, mais cette simple vérité nous la refusons, disant autour de nous: "nous sommes immortels, et nous avons foi en notre éternité". Après tout peut-être une partie de nous est elle éternelle, mais pour que nous grandissions enfin, que nous tenions debout sans donner la main au maître, il est préférable de ne pas y croire et surtout de ne pas construire notre vie sur une supposition et un vague espoir sans preuves, la mort elle est une certitude.

Ne pas croire en l'éternité, évidemment, même si nous n'y croyons pas, le problème demeure puisque nous avons peur et que nous aurons peur tant que nous n'aurons pas compris la vacuité de ce que nous sommes. Que sommes nous donc, regardez bien, soyez attentif, nous sommes mémoire, et si celle-ci se vide, la vacuité qui en découle ouvre une porte dérobée au-delà de laquelle nous découvrons un espace immense empli d'une énergie infinie qui hôte à jamais la peur. Mais tant que l’ego qui est conscient, inconscient, mémoire, sera, cette porte ne sera pas visible, il faut dissoudre l’ego. Que cela soit, maintenant.

Mais que dit-on en disant que l’ego est notre mémoire? Tout simplement que nous sommes ce que nous avons vécu depuis l'instant de notre naissance, que nous sommes ce tout fabriqué par nos parents, nos professeurs, nos religieux, nos gouvernants. Nous sommes donc préfabriqués, façonnés, et nous avons l'illusion d'être nous, mais ce nous n'est pas nous, je ne suis pas cet être que je crois être. À la naissance je n'existais pas, j'ai appris à parler en écoutant, en observant. J'ai été attaché à des barreaux la nuit, parce que couvert d'eczéma, pour que mon visage ne soit pas défiguré. Je suis attaché aux barreaux, j'ai oublié, on me l'a raconté, je m'en souviens par le récit des autres, je suis le récit. Mais je suis aussi la mémoire oubliée enfouie dans l'inconscient, qui se manifeste par des réactions agressives, de peur de souffrir et d'être lié à nouveau. Nous sommes donc une construction, une somme de souffrance et de plaisir, l’ego va rejeter cette souffrance et rechercher le plaisir, et c'est ainsi qu'il croira le charlatan. Vous comprenez bien que je ne peux pas continuer ainsi, que je dois mettre fin à la cécité, et annihiler le moi, ou alors je ne connaîtrais jamais la vérité, elle sera toujours celle de l'autre.

Notre système éducatif à pour base la mémoire. Nous réfléchissons en utilisant le système comparatif. Quand on dit de quelqu'un qu'il est intelligent nous sous entendons qu'il a beaucoup de connaissance. La connaissance est acquise par l'apprentissage scolaire qui formate l'esprit pour acquérir un raisonnement. Ainsi sommes nous construit sur un mode mnémonique comparatif. Ce n'est pas intelligent, puisque ce mode nous contraint à la comparaison, pour dégager des objectifs raisonnables. Ainsi formatés nous passons notre vie à comparer, et cela pour le meilleur comme pour le pire. Le meilleur étant de construire une société égalitaire, le pire étant le génocide. Comparer veux dire regarder l'autre, le juger, et déclarer: "il est comme moi, on se comprend, il est différent, c'est un ennemi". Ainsi divisons nous le monde en des catégories relatives à notre connaissance et notre image. Ce système engendre les guerres, il faut donc d'abord modifier notre apprentissage, donc notre système scolaire. Il faut apprendre à regarder sans comparer, sans juger, voir la vérité sans qu'elle soit sous tendue par une doctrine. L'apprentissage doit avoir pour base la philosophie, elle doit-être le principe initial et non pas terminal. Étudier la vie par l'observation de celle-ci, et de cette observation doit découler un raisonnement qui ne soit pas issue de l'esprit d'un autre, qui me l'aura appris et que je répéterai bêtement. Réfléchir sur le monde, sur l'existence, sur le beau, en suivant l'exemple des philosophes, mais sans connaître l'opinion et les points de vue de ceux-ci, cela doit venir plus tard en comparant nos conclusions avec les leurs, réfléchir puis comparer.

Dans le "Langage des oiseaux", poème mystique d'Attar, l'une des 7 vallées franchies par les oiseaux en quête de l'unité, est la vallée de l'annihilation. Cette quête de l'unité appelé "Simorgh" est celle du Soi, séparé du moi, divisé en de multiples fragments, depuis l'instant de la naissance. L'annihilation n'est pas un vain mot, il ne s'agit pas de quelque mot sans valeur, mais c'est au contraire un mot dont le sens profond se ressent intensément. Il s'agit de s'anéantir dans le Soi. Le moi se retrouve, il comprend ce "Tout" qui le constitue, et dans le miroir contemple celui-ci, puis se fond en reconnaissant son image, s'absorbe dans le Soi. Tout sombre en un instant, comme si la mort surgissait et vous emportait. L’ego se liquéfie et le sol se dérobe sous vos pieds, plus rien n'existe autour de vous et tout ce qui pour vous avait une valeur l'instant précédent, paraît soudain complètement désuet et futile. Lorsque le moi s'effondre, il ne reste que la vérité, rien que la vérité, si on retire l'attachement, la mémoire se vide, le moi se détache et disparaît, c'est l'annihilation.

 

 

 

 

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